‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 72 sur 89 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

CONSTANCE, CONSTANTIN, CHRISPE.

CONSTANCE

NOS importunitez plaisent aux Immortels Lors que nos vœux pressans assiègent leurs Autels; Parce que cet effort marquant nostre espérance, Honore leurs bontez et leur Toute-puissance : Et fait voir clairement que pour auoir du bien Nous auons besoin d'eux qui n'ont besoin de rien. Tespere aussi. Seigneur, que dans mes infortunes, A vous qui sans pareil gouuernez sous les Cieux, Et marchez ici bas au premier rang des Dieux. A qui plus iustement faut-il que l'on s'adresse Lors qu'on est accablé de mal ou de tristesse, Qu'à ceîuy qui par tout fait respecter ses lois Et s'est rendu le Maistre et lArbitre des Rois?

DE CHRISPE. 3;

Vostre rare bonté peut ici toute entière

Trauaillcr sur le fonds d'vne illustre matière;

Sur vn noble Tissu, dont vn cruel malheur

A troublé l'ordonnance et terny la couleur.

Il est iuste, Seigneur, que vous goustiez la ioye,

De restablir des iours filez d'or et de soye,

Et qu'oubliant enfin tout ce qui s'est passé

Vous redressiez vous mesme vn Thrône renuersé.

Changez par vos bontez vn destin si funeste,

Le plaisir de bien faire est vn plaisir Céleste;

Et celuy d'excuser lors que l'on peut punir,

De rendre des Estats qu'on pourroit retenir.

Et libéralement remettre vne Couronne,

C'est de ces grands effets dont l'Vniuers s'eistonne :

Et la Félicité d'vn spectacle si doux

Ne peut iamais venir que des Dieux et de vous.

Escoutez vne sœur qui vos bontez reclame ,

Et qui vous en conjure auant que rendre l'Ame;

Elle que ses Ennuis, ou la fin du malheur

S'en vont faire mourir de joye ou de douleur.

CONSTANTIN

Ah ! ma Niepce , cessez ; ie ne puis vous entendre ; A l'objet de vos pleurs ie me trouue trop tendre,

Mais ie suis endurcy pour ce Père inhumain,

Pour ce Père cruel i'ay le cœur trop d'airain :

Et quoy qu'on me promette, et quoy que Ton me die,

le ne puis oublier sa noire perfidie :

le ne puis oublier les cruels attentats

Dont il a si souuent esbranslé mes Estats.

Apres tant de bienfaits par qui cet infidelle

Deuoiî estre lié d'vne chaisne éternelle;

Ce Tiran insensible aux traits de ma pitié,

A toujours violé les loix de TAmitié :

Jl n'eust iamais plaisir qu'à me faire la guerre;

Il m'a persécuté sur l'Onde et sur la Terre,

Et contre sa promesse, et sans aucun propos

Il s'est toujours esmeu pour troubler m.on repos.

Combien Tauons-nous veu recourir à ma grâce,

Vaincu dans l'Allemagne, et vaincu dans laThrace;

Et venir par les siens pleurer à mes genoux,

Puis se rendre rebelle à mesme temps qu'absous?

Ne se souuenir plus de l'effet de vos larmes.

Et mettre injustement toute la terre en armes?

Non ie ne veux plus voir à tous coups bazardé

Vn si grand différent par le fer décidé :

l'auray seul désormais la Puissance absolue;

Qu'on ne m'en parle plus, la chose est résolue.

DE CHRISPE.

CONSTANCE

Seigneur, considérez- --

CONSTANTIN

C'est en vain battre Pair.

Retirez-vous, Madame, et me laissez parler.

■jmimm

<ty^-yk.J:y^y^^yk.J:^<jy>-\^J:f>'^J''^^

Page 1