SCENE V
LEONCE, CORNELIE.
LEONCE.
Adame, le voici;
CORNELIE.
He bien? me veux-tu croire, ou suivre ton caprice? Prens-tu parti pour Chrispe, ou pour l'Impératrice? Du plomb auecque l'or fais-tu comparaison? Ou quittes-tu ton Sens pour suivre la Raison? Es-tu pour ta fortune, ou de glace, ou de flame? Mes auis sont-ils point passez iusqu'en ton ame?
LEONCE.
Madame, à vos auis i'ay meurement pensé, Mais mon Esprit encor se trouue balancé;
q6 la mort
J'aime ce ieune Prince, et i'ay peine à rien faire Qui le puisse offenser, ou lui puisse déplaire; Peut-on mieux acquérir du bien qu'en le seruant? N'est-il pas adoré comme vn Soleil leuant?
Léonce, en ce discours dépourueu de Science,
On voit que la Jeunesse a peu d'expérience,
Et qu'en ton aage encor nos Esprits innocens
Suiuent auec erreur le Conseil de nos Sens.
Selon les yeux du peuple, et son grossier langage,
C'est vn Soleil leuant qu'vn Prince de cet aage :
Mais comme tous les iours nous voyons arriuer
Ces Soleils sont par fois long-temps à se leuer.
Et quelquefois encor tous brillans de lumière.
On les voit éclipser cntrans dans la carrière.
Chrispe est braue et bien fait, mais on void qu'au-
jourd'huv Il prend beaucoup de peine à trauailler pour lui; Qu'il coulera du temps auant qu'il s'establisse. Et qu'il puisse agrandir ceux qui lui font seruice. Constantin prise fort ses exploits triomphans. Mais il sçait bien aussi qu'il a d'autres enfans D'vne aimable Princesse; Illustre pour la Race, Digne pour la Vertu, charmante pour la Grâce; Qui peut plus de beaucoup que ce jeune Vainqueur, Aiant absolument son oreille, et son cœur.
DE CHRISPE. 9;
Pour acquérir des biens et de Thonneur encore, Ce n'est pas Constantin, c'est Fauste qu'on adore; Les charges, les emplois, et le bien et le mal Passent par cette main, coulent par ce canal : Elle verse aux sujets de ce puissant Empire Ce qu'ils ont de meilleur, et ce qu'ils ont de pire. La source est à chercher pîutost que les ruisseaux , Il faut se prendre à l'arbre, et non pas aux rameaux; Sur tout, quand à nos yeux la Fortune se montre. Il faut soudain tirer profit de sa rencontre : Et qui n'est pas habile à la prendre auxcheueux, Apres l'occasion fait d'inutiles vœux.
LEONCE.
Madame, ce discours montre mon ignorance, le veux sur vos conseils fonder mon espérance, Et ie croiray faillir auec impunité, Seruant aueuglement vne Diuinitc.
CORNELIE.
Entre donc là dedans; dis à l'Impératrice Que tu veux les yeux clos em^brasser son seruice : Dés l'heure, ta fortune est sans comparaison. Tu verras les flots d'or rouler dans ta maison.
Fin du quatriesme Acte,
ARGVMENT DV
CINQVIESME ACTE.
i.inAuste se resiouït dans Tattente de la perte de sa A riuale qu'elle a enuoyé empoisonner. 2. Constantin se plaint de Taigreur dont elle a rebuté Chrispe, et comme elle s'en veut excuser. 3. Lactance et Probe viennent auertir Constantin du malheur qu'ont produit des gands empoisonnez aportez à Constance. 4. Et tandis que TEmpereur va voir les deux Amans qui sont morts, Fauste se fait raconter les particularitez de cet accident; et désespérée de la mort de Chrispe, autant que piquée de jalousie pour Constance, fait resolution de mourir aussi. 5. Constantin troublé de la perte de son Fils, ordonne à Fauste de mourir; ce qu'elle fait sur le champ, s'alant plonger dans vne cuve pleine d'eau chaude. 6. Constantin touché de la main de Dieu par ces malheurs domestiques, se délibère d'accomplir les vœux qu'il a faits en deuenant Chrestien. 7. Le récit de la mort de Fauste augmente encore ses desplaisirs, et finit cette Tragédie.
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