SCENE PREMIERE
FAVSTE,
seule.
POISON subtil, Esprit de douleur et de mort, Haste-toy de faire vn effort Qui satisface Fauste, et punisse Constance; Trop long-temps à ma honte elle demeure au iour, Et ie dois pour le moins contenter ma vengeance. Moy qui ne dois iamais contenter mon Amour.
Son sang tout corrompu semble estre préparé A cet effet si désiré;
C'est d'vn monstre cruel quVlle a receu la vie; Mais parmi cet espoir ie crains auec raison Que Famour qu'elle a prise et qu'elle m'a rauie Luy serue d'antidote, et de contre-poison.
Le beau portrait de Chrispe est graué dans son coeur,
Et cet agréable vainqueur Sera son Protecteur comme il est son Complice : Mais l'y donne bon ordre en mon secret dessein; Car l'instrument fatal qui sert à ma iustice Attaquera plutost sa teste que son sein.
Ah! Venus ni l'Amour ne la sauneront pas
Puisque i'ay iuré son trespas, Quand ils l'enleueroient au Temple d'Amathonte : Pour la percer à iour de mille coups mortels, l'aborderois en Cipre, et moi-mesme à leur honte Irois la poignarder iusques sur leurs Autels.
Tandis qu'à te vanger vn Ministre s'employe, Eslargis-toi mon cœur, et nage dans la ioye : Goustons auec plaisir ce mets délicieux Dont la délicatesse est reseruée aux Dieux. Nous sommes leurs enfans, et leur grâce équitable Permet que nous prenions vn morceau de leur table,
DE CHRISPE. loi
En cette occasion nous en pourrons goûter
Sans que iamais à crime on le puisse imputer.
En m'osant offenser Constance s'est perdue,
La mort qu'elle reçoit est vne peine deuc,
Ma violence est iuste et n'a rien d'inhumain,
Elle dicte l'Arrest la balance à la main.
l'ay deû donner ce coup à cet objet de haine,
Afin que de son crime elle portast la peine.
Que peut dire cet aage, ou la postérité,
Sinon qu'elle a receu ce qu'elle a mérité :
Et que ce grand exemple empeschera l'audace
Qui du pouuoir suprême excite la menace?
Si Constantin se plaint, nous nous plaindrons aussi.
C'est possible desia ce qui l'amené ici.
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CONSTANTIN, FAVSTE.
CONSTANTIN
VOS derniers procédez ont bien monstre, Madame ^ Que toute femme est foible, et fait toujours la femme, Et qu'au moindre sujet de mécontentement, Ce sexe impérieux s'adoucit rarement.
Mais auec tant d'excez monstrer sa violence, Ne mettre point du tout mon respect en balance; Et faire éclat ainsi d'vn iniuste courroux, C'est vn dérèglement qui n'appartient qu'à vous. C'est vne émotion aueugle et téméraire.
Qui pourra bien vous nuire autant que me déplaire. Nous y mettrons bon ordre, et vous ferons bien voir Que qui vit sans bonté doit viure sans pouuoir.
DE CHRISPE. io3
FAVSTE.
Seigneur, s'il vous plaisoit d'entendre ma defence, Possible que Texcuse amoindriroit Toffence.
CONSTANTIN
Quand par vos actions vous osez me choquer, Les friuoles raisons ne vous peuuent manquer : Mon cœur qui hait à mort l'artifice et les ruses. Veut plus de retenue, et beaucoup moins d'excuses, Mais pouuez-vous iamais pour aucune raison Mettre par ces éclats du trouble en ma maison?
FAVSTE.
Iamais en son courroux vne femme d'Auguste Ne sçauroit éclater sur vn sujet plus iuste : Si l'exemple est nouueau du trait de ma fureur, L'exemple est rare aussi d'vne pareille erreur; Et si l'on mesuroit la peine auec l'audace, L'attentat paroistroit plus grand que la disgrâce. Seigneur, si i'auois eu, sur trois mots prononcez. Cent foudres dans les mains ie les aurois lancez : Deuant vos propres yeux ie l'aurois mise en cendre Quand vous auriez esté présent pour la défendre; L'vne a commis le crime, et l'autre l'a puni, Constance a commencé, depuis Fauste a fini.
CONSTANTIN
Quel estrange réplique, et quelle extrauagance? Quand ie parle de Chrispe on respond de Constance?
FAVSTE.
Seigneur, pour vostre Fils si ie Tay mal traité, Il n'en doit accuser que sa légèreté; Luy qu'on voit s'emporter d'vne aueugle conduite , Et de qui le projet est à craindre en sa suite.
CONSTANTIN
C'est vne fausse erreur qu'on lui veut imposer.
FAVSTE.
Quoy? d'adorer Constance? et vouloir Tespouser? Ce n'est point vne erreur, on voit qu'il s'y prépare.
Que voulez-vous qu'il aime, vne fille barbare? Vne esclaue estrangere, vn objet de courroux. Dont vn iourles enfans regneroient après nous?
DE CHRISPE. io5
FAVSTE.
Seigneur, iamais esclaue et iamais incognuë, Qui seroit par nos choix en son lict paruenuë, Vint-elle du Sarmate ou du peuple noircy, N'apporteroit en dot les maux de ceite-cy. Vous voulez receuoir en cet hymen funeste Quelque chose de pis que la mort, que la peste, Car c'est vn embarras à vous faire sentir Tout ce qu'a de cuisant Taigreur du repentir. Licine après cela pourroit faire son compte, De nous combler de maux, de regret et de honte , Mais si le ciel nous aime, il doit faire un effort Pour esloigner de nous et la honte et la mort.
CONSTANTIN
Nous verrons, nous verrons : mais qui meine Lactance?
io6 LA MORT