‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 88 sur 89 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

CONSTANTIN, FAVSTE, PROBE.

H perfide!

CONSTANTIN

FAVSTE.

Seigneur, ne vous emportez pas.

DE CHRISPE. ii5

CONSTANTIN

Qu'as-tu fait de mon Fils?

FAVSTE.

Fay causé son trespas :

Mais l'ayant sçeu parti i'ay fait vœu de le suivre.

CONSTANTIN

Accomply donc ton vœu, car tu ne dois plus vivre.

FAVSTE.

le vais vous satisfaire à tous deux de ce pas.

CONSTANTIN

Fappreuue ton dessein, meurs et ne tarde pas. O Tigresse enragée! ô femme impitoyable! Digne fille d'vn Monstre aux siècles effroyable! Cet Arrest de ta mort est selon Fequité; Meurs et dépesche toy tu Tas bien mérite, Détestant hautement ta fatale alliance, Fen atten la nouuelle auec impatience.

Va viste, ton trespas ne se peut différer, Le moment vient trop tard qui nous doit séparer; Auant ces trahisons tu deuois rendre l'ame, Feusse esté plutost veuf d'vne méchante femme,

ii6 LA MORT

Tu n'aurois rien commis qui peut choquer ta foy,

Mon Fils seroit viuant qui valoit mieux que toy,

Et ta cruelle rage, et ta maudite enuie,

Ne m'auroient point priué du suport de ma vie.

Voy d'vn impie objet Tacte le plus pieux :

Suy la, Probe, et la voy mourir deuant tes yeux,

Haste-la de subir cette iuste ordonnance,

Et reuiens me le dire auecque diligence.

CONSTANTIN

seul.

Ahî que le coup est grand dont ie suis atterré! C'est vrayment vn effort d'vn bras démesuré, Accablé sous le faix dVne charge pesante, le puis bien discerner la main Toute-puissante, C'est par son mouuement que ie suis abatu , C'est ici que sa force accable ma Vertu. O main toute Céleste, ici ie te voy luire, Tu viens me chastier, mais non pas me destruire : C'est pour me r'affermir que tu choques les miens le baise de bon cœur les verges que tu tiens. Par ces viues leçons ie deuiendray plus sage, Le mal que ie ressens est à mon auantage. Helas ie m'endormois d'atfaires trauaillé. Quand ce coup impreueu m'a soudain réueillé :

DE CHRISPE. 117

Sans le fidelle auis de ces choses funestes,

Foubliois le secours de cent faueurs Célestes

Qui maintinrent mon Thrône en dépit des Tirans,

Et qui me demandoient Thonneur que ie leur rends.

le vous auois promis, ô Puissance suprême,

De purger mes Estats d'erreur et de blasphème :

Ce vœu si négligé r'entre en mon souuenir,

Si ie vous Tay promis ie vous le veux tenir;

Les Temples des faux Dieux et leurs vaines Idoles

Verront en leur débris Teffet de mes paroles.

Et ie sçauray par tout où mon pouuoir a lieu

Faire à tous mes Sujets adorer le vray Dieu ;

Ce grand Dieu qui m'assiste, et qui dans ma souffrance

Par sa sainte faueur soustiendra ma constance,

Consolera mon cœur de sa secrette voix.

Et me fera tout vaincre à Tombre de la Croix.

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