SCENE PREMIERE
FRIPESAVCES.
ON dit que bien souuent entre les bords du verre Et le nez du beuueur tout le vin tombe à terre : lerespreuveàmondam, moyquicemesme iour Estois vn truchement, vn messager d'amour, Pour qui tournoient au feu des broches sauoureuscs. Et pour qui Ton marquoit des tonnes plantureuses. Le Diable pour ma perte est venu du sabat. Qui m'a fait desnicher de mon panure grabat; Et par vn si grand trouble, et des rigueurs si grandes, A troublé mon piot, et soustrait mes viandes ; ■ Qu'aujourd'huy, sans vigueur, sans force et sans suport, le suis vn messager pour conduire à la mort. Et me trouuant les dents aussi longues qu'vne aulne, le suis vn truchement à demander Taumosne :
ii8 LE PARASITE.
le ne mange plus rien, et d'vn pas chancelant
le ne fais que gober les mouches en volant :
le ne suis plus admis à seruirde Maistresses,
Et ie n'ay plus d'employ qu'à me gratter les fesses.
Mais quoy, ie ne serois accablé qu'à demy .
Si ie n'estois priué de mon meilleur amy;
Tous mes boyaux plaintifs ne me font rien entendre
Qui soit si douloureux que le sort de Lisandre.
Ha! qu'il est malheureux cet aymable garçon,
Qui me souloit tousiours de si bonne façon;
Mais d'vn cœur libéral, d'vne ame noble et franche,
Tantost aux deux Faisants, tantost à la Croix blanche,
Au Broc, à la Bastille, à la Cage, au Dautin,
A la Table Roland, à la Pomme de Pin,
A saint Roch; au Poirier et dans la Magdelaine,
D'où ie ne sortois point qu'auec la pance pleine :
Mais nous estions traittez encor d'autre façon,
Quand nous allions chez Guille, ou bien chez Meneçon,
Dans ce petit Paris où toute chose abonde.
Qu'on peut comme le grand nommer vn petit Monde.
O le pauure garçon! le Destin ne veut pas
Qu'il me donne iamais vn malheureux repas.