‹ ThéâtreChapitre 49 sur 96 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

DEVXIESME.

THARE\ Capitaine des Gardes, HERODE, PHERORE.

thare\ Que vous plaist-il, Sire?

HERODE

Ah ! voicy Pherore.

PHERORE.

On me disoit icy que vous dormiez encore.

HERODE

Tu m'as bien entendu quand i'ay parlé tout haut; le me suis éueillé tout à l'heure en sursaut, Apres la vision la plus melancholique Qui puisse deuancer vn accident tragique.

PHERORE.

Les songes les plus noirs que Ton puisse inuenter, Seroient-ils suffisans de vous espouuanter : Vous qui sçauez brauer les forces indomptables, Et qui craignez si peu les périls véritables? Ce sont des visions qui n'ont iamais d'effet.

HERODE

Mon esprit est troublé du songe que i'ay fait. Il m'en renient sans cesse vne idée importune. Qui ne doit m'auertir que de quelque infortune : C'est vn auant-coureur de quelque aduersité.

PHERORE.

On ne doit pas en faire vne nécessité; Ces apparitions sont comme les images Qu'vn meslange confus forme dans les nuages ; C'est vn sombre tableau d'hommes et d'animaux Qui ne fait arriuer ny des biens ny des maux.

HERODE

Quand tu nous fus rauy par vn destin contraire, Mon généreux aisné, braue et fidelle frère, rappris ton accident par vn mesme rapport : le fus par mesme voye aduerty de ta mort : Feus aux bords du Jourdain des visions cruelles Qui preuinrent le bruit de ces tristes nouuelles.

PHERORE.

Pour moy i'ay, mille fois des songes obserué, Sans que de leur présage il soit rien arriué; Et selon qu'vn Rabin me fit vn iour entendre; C'est les prendre fort bien que de n'en rien attendre.

HERODE

Quelles fortes raisons apportoit ce Docteur,

Qui soustient que le songe est tousiours vn menteur?

Il disoit que Thumeur qui dans nos corps domine, A voir certains obiects en dormant nous incline : Le flegme humide et froid, s'esleuant au cerueau, Y vient représenter des broiiillars et de Teau : La bile ardente et Jaune, aux qualitez subtiles. N'y dépeint que combats, qu'embrazemcns de villes :

Le sang qui tient de Pair, et respond au Printemps,

Rend les moins fortunez en leurs songes contens :

Sa douce exalaison ne forme que des roses,

Des obiects esgayez et d'agréables choses :

Et la melancholie à la noire vapeur,

Où se logent tousiours la tristesse et la peur,

Ne pouuant figurer que des images sombres.

Nous fait voir des tombeaux, des spectres et des ombres.

C'est ainsi que chacun apperçoit en dormant

Les indices secrets de son tempérament.

HERODE

Ainsi l'on songeroit tousiours les mesmes choses?

PHERORE.

Les songes quelquefois viennent par d'autres causes; De mesme que les vns expriment nos humeurs. Les autres bien souuent représentent nus mœurs. L'ame d'vn homme noble, encore qu'il repose, Mesprise la Fortune, et l'Honneur se propose : Et celle du volleur, preuenant son destin , Rencontre des Preuosts, ou fait quelque butin. De mesme l'vsurier en sommeillant repasse, Et les yeux et les mains sur l'argent qu'il amasse :

Et l'Amant preuenu de crainte ou de désirs, Esprouue des rigueurs, ou gouste des plaisirs.

HERODE

Ces expositions ne me contentent gueres, Ces principes communs ont des effets vulgaires; Et tu sçais qu'autrefois l'Egypte remarquoit Aux songes importans que Joseph expliquoit; Qu'il en est, dont l'image est heureux ou funeste;

Salome entre.

Nous annonçans la grâce, ou le courroux céleste : Quoy qu'il en soit, Pherore, escoute vn peu le mien. N'importe qu'il promette, ou du mal ou du bien.

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