SCENE
DEVXIESME.
MARIANE en prison.
POVR augmenter l'affront que l'injuste licence A fait à l'innocence, Vn absolu pouuoir rend mon corps prisonnier: Mais en quelque péril que le malheur m'engage, l'auray cet auantage Que mon cœur pour le moins se rendra le dernier.
Ce iour s'en va borner la longueur de ma vie, le voy bien que l'enuie
Trauaille puissamment à creuser mon tombeau;
Et que la cruauté du Tyran qui m'opprime, Ne me suppose vn crime
Que pour auoir sujet d'en commettre vn nouueau.
Qu'il en vse à son gré, me voila toute preste, De payer de ma teste , A fin de contenter ce cœur dénaturé, Quelque horreur qu'en la mort on puisse reconnoistre
Elle n'a qu'à paroistre, l'iray la receuoir dVn visage asseuré.
Il est temps désormais que le Ciel me sépare
D'auecque ce Barbare, Son humeur et la mienne ont trop peu de rapport, La vertu, respirant parmy l'odeur du vice,
Esprouue le supplice Du viuant bouche à bouche attaché contre vn mort.
Autheur de l'Vniuers, souueraine puissance.
Qui depuis ma naissance.
M'as tousiours enuoyé des matières de pleurs. Mon ame n'a recours qu'à tes bontez diuines;
Au milieu des espines.
Seigneur, fay moy bien-tost marcher dessus des fleurs.
Mais i'entends quelque bruit; suis-je point exaucée? De ce dernier espoir ie flatte ma pensée, Apres auoir passé les plus beaux de mes ans A porter des liens si durs et si pesans.