‹ ThéâtreChapitre 66 sur 96 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

aVATRIESME.

ALEXANDRA et son CHEVALIER d'honneur.

ALEXANDRA

ON te meine esgorger, innocente victime. Tu vas donc au supplice, et n'as point fait de crime, On t'a donc veu sortir du sang de tant de Rois, Pour te voir opprimer par ces injustes loix? O sentence cruelle! ô iugement inique!

O dure violence! ô pouuoir tyrannique!

Lasche et cruel Arabe, auiourd'huy sans pitié, Tu fais sentir ta rage à ta chaste moitié. Mais la bonté du Ciel en courroux conuertie, Sçaura dans peu de temps fraper l'autre partie : Vn Dieu qui de là haut void les secrets des cœurs, Te punira bien-îost de ces grandes rigueurs. Vn iour qui n'est pas loin sa Justice animée Vangera dessus toy Tinnocence opprimée, S'il a les pieds de laine, il a le bras de fer, Et c'est pour tes pareils qu'il a basty l'Enfer.

O grand Dieu! ie t'inuoque au fort de ma misère, Veuille prendre la fille, et conseruer la mère.

LE CHEVALIER d'hONNEVR.

Madame, c'est icy qu'on la fera passer.

ALEXANDRA

l'apperçoy bien l'endroit où ie me dois placer. Pren garde seulement que tes yeux ne produisent. Voyant ce triste objet des larmes qui me nuisent, Ayons à sa rencontre vn visage asseuré , Et qui ne monstre pas que nous ayons pleuré- Car il faut auiourd'huy pour éuiter l'orage Trahir ses sentimens, et cacher son courage.

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