‹ ThéâtreChapitre 67 sur 96 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

CINQ,VIESME.

LE CAPITAINE DES GARDES, MARIANE et DINA.

LE CAPITAINE DES GARDES

Adame, à contre-cœur ie sers à cet office, le vous rends à regret ce funeste service : Mais mon obéissance et ma fidélité Me tiennent icy lieu dVne nécessité.

Ceste compassion m'est fort peu nécessaire, Ma mort est à la fois contrainte et volontaire, Meine moy sans scrupule affronter le trespas Herode le désire, et ie ne le crains pas.

En cet heureux départ si quelqu'ennuy me presse,

Il vient de la pitié des enfans que ie laisse,

Qui dans la défaueur et Tabandonnement

Seront pour mon sujet traictez indignement;

Ils restent sans appuy : mais , ô grand Dieu , i'espere ,

Que tu leur seruiras de suport et de Père,

Et que pour les conduire en ce temps dangereux,

Ta haute prouidence ouurira Toeil sur eux;

Imprime dans leurs cœurs ton amour et ta crainte,

Fay qu'ils bruslent tousiours d'vne ardeur toute saincte;

Qu'ils conçoiuent sans cesse vn résolu penser De mourir mille fois plustost que t'offencer; Que iamais nul excez de tristesse ou de ioye Ne destourne leurs pas de ta céleste voye. Et s'ils sont oprimez en obseruant ta Loy, Que viuans sans reproche, ils meurent comme moy.

Et toy, monstre cruel, Ame dénaturée, Qui de sang innocent es tousiours altérée. Puis que ta cruauté ne sçauroit se fleschir, le m'en vay te verser de quoy te rafraischir : Pour estancher ta soif, et pour finir mes peines, le m'en vay te donner tout le sang de mes veines; Boy le, Tygre inhumain, mais ne présume pas Qu'vn reproche honteux suruiue à mon trespas. Que le débordement de ceste humeur si noire, En esteignant ma vie esteigne aussi ma gloire,

Et qu'un iour nos Neueux m'accusent d'vn forfait, Où ie n'ay point trempé de penser ny d'effet.

Le temps qui met au iour la vérité cachée, Fera voir ma vertu qui n'est point tachée. Et qu'en précipitant mon funeste procez, Ton iniuste rigueur faillit auec excez.

L'aueugle cruauté dont tu me fais la guerre, Va destruire de moy ce qui n'est rien que terre : Mais mon ame immortelle, et mon nom glorieux, Malgré les mouuemens de ton cœur furieux. Et toute ta Maison contre moy coniurée. Obtiendront vn esclat d'éternelle durée.

Mais i'aperçoy ma mère, elle attend en ce lieu. Afin de m'honorer d'vn éternel Adieu, le voudrois que son cœur peust borner sa tristesse, Et que pour mon suiet elle eust moins de tendresse, Souffre que ie luy donne en l'allant appaiser. Et la dernière larme, et le dernier baiser; Ce sera bien-tost fait.

LE CAPITAINE DES GARDES

Depeschez donc, Madame, Car de ceste longueur ie porterois le blasme. Mon ordre est fort exprés, et doit estre obserué.

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