‹ ThéâtreChapitre 72 sur 96 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

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LOVIS PAR LA GRACE DE DIEV, Roy dk France et de Navarre.

A nos Amez et Féaux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Maistres des Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs, Seneschaux, Preuosts, leurs Lieutenants, et tous autres de nos lusticiers, et Officiers qu'il appartiendra, Salut. Nostre bien amé Augustin Courbé, Libraire à Paris, nous a fait remonstrer qu'il desireroit imprimer T'we Tragédie intitulée, Alariane , composée par le Sieur de Tristan l'Hermite , S'il auoit sur ce nos Lettres nécessaires, lesquels il nous a tres-humblement supplié de luy accorder : A ces cavses, Nous auons permis et permettons à l'exposant d'imprimer, vendre et débiter en tous les lieux de nostre obeyssance ladite Tragédie, en tels marges, en tels caractères, et autant de fois qu'il voudra durant l'espace de neuf ans entiers et accomplis : à compter du iour qu'elle sera acheuée d'imprimer pour la première fois, et faisons tres-expresses defences à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de l'imprimer, ou faire imprimer, vendre ny distribuer en aucun endroit de ce Royaume durant ledit temps, soubs prétexte d'augmentation, correction, changement de tiltre, ou autrement, en quelque sorte et manière que ce soit, à peine de quinze cens liures d'amande, payables sans déport par chacun des contreuenans, et applicables vn tiers à nous, vn tiers à l'Hostel Dieu de Paris, et l'autre tiers à l'exposant; de confiscation des exemplaires contrefaits, et de tous despens , dommages et interest : A condition qu'il en sera mis deux Exemplaires en nostre Bibliothèque publique, et vne en celle de nostre très-cher et féal le Sieur Seguier, Chancelier de France, auant que de l'exposer

en vente, à peine de nullité des présentes : du contenu desquelles nous vous mandons que vous faciez iouyr plainement et paisiblement l'exposant, et ceux qui auront droit d'iceluy, sans qu"il leur soit fait aucun trouble ny empêchement. Voulons aussi qu'en mettant au commencement, ou à la fin du liure vn bref extraictdes présentes, elles soient tenues pour deuëment signifiées, et que foy y soit adioustée, et aux coppies d'icelles, collationnées par l'vn de nos amez et féaux Conseillers, et Secrétaires, comme à l'Original : Mandons aussi au premier nostre Huissier ou Sergent sur ce requis de faire pour l'exécution des présentes, tous exploits nécessaires, sans demander autre permission; Car tel est nostre plaisir, nonobstant oppositions ou appellations quelconques, et sans preiudice d'icelles. Clameur de Haro, Chartre Normande, et autres Lettres à ce contraires. Donné à Paris le quatorziesme iour de Juin l'an de grâce mil six cens trente six. Et de nostre règne le vingt-septiesme.

Par le Roy en son Conseil

Signé, CONRART.

Les Exemplaires ont esté fournis, ainsi qu'il est porté par le Priuilege.

Achevé d'imyrimcv le i5. ioitr de Feuriey, i63~.

Bibliographie et Variantes

Établir une bibliographie du Parasite était vraiment chose facile, la Jolie comédie de Tristan n'ayant eu, de son vivant, qu'une seule édition et personne depuis — à part l'exception signalée (i) — n'ayant jugé bon de s'en occuper.

Il en allait tout autrement pour La Mariane, qui avait eu, en son temps, une vogue extraordinaire, et qui s'est maintenue au théâtre fort longtemps après la mort de l'auteur.

La tâche me semblait donc très malaisée à entreprendre— et j'ignore si j'aurais pu m'en tirer à mon honneur — quand un heureux hasard me permit d'exposer mon embarras à l'érudit bibliophile Georges Vicaire. C'était jouer de bonheur. — Un seul instant de réflexion, un

(i) Voir la Notice bibliographique du Parasite.

appel à sa prodigieuse mémoire, et, de suite : « Voyez donc le travail de M. Bernardin sur Tristan THermite, me dit-il, une thèse de doctorat ; c'est très complet. Vous trouverez là tout ce qu'il vous faut. Quant à la date d'apparition?... Vers 1894 ou 1895. «

Quelques instants plus tard le livre était entre mes mains (i).

Livre admirable ! résumé de plusieurs années de travail patient et d'infatigables recherches!

Tous les documents de l'époque — gazettes, lettres, mémoires, critiques — toutes les grandes collections d'œuvres dramatiques — tous les recueils de poésies, M. Bernardin les a compulsés, fouillés, retournés.

Il serait donc puéril de vouloir, après lui, chercher du nouveau sur Tristan, et je ne puis que citer, in extenso, toute la partie de son travail qui a trait à la bibliographie de La Mariane :

« Le succès extraordinaire de La Mariane, qu'ont enregistré tous les critiques, les frères Parfaict, Voltaire, l'abbé Nadal, Babault, Léris, Maupoint, M. V. Fournel, M. Bizos, Lotheissen, ne nous est pas seulement connu par le témoignage des contemporains; nous en trouvons encore une preuve dans le très grand nombre d'éditions qui ont été données de cette tragédie. Voici la

(i) Un précinseur de Racine , Tristan l'Hermite , Sieur du Solier. In-S», Paris, Picard et fils. i8q5.

liste de ces éditions, telle qu'elle se trouve à la page 9 de la Notice sur Tristan qui précède la réimpression de Mariane, dans la Petite Bibl. des Théâtres ( 1784) :

« Maj-iane, éd. originale, chez Augustin Courbé, « 1637, in-40.

« La même, revue et corrigée, Paris, 1637, i63g, et « 1644, quatrième édition, chez le même, in-4°.

« La même, Troyes, 1 724, in- 1 2, chez Jacques Oudot.

« La même, augmentée de la Vie de l'auteur, Paris, « 1724, chez François Flahault, in-S»,

« La même, revue et corrigée par J.-B. Rousseau, « Paris, Didot, 1731 , in-12.

« La même, dans le second volume du Recueil des « meilleures pièces du théâtre français , Paris, 1737, « in-12.

« La même, dans le Recueil des meilleures pièces « dramatiques faites en France , Lyon, 1780, in-S". »

« Si longue qu'elle soit, cette liste est encore fort incomplète : on n'y a porté ni l'édition in-12 imprimée à Rouen et vendue à Paris chez Courbé en 1 645 , et reproduite en 1648 dans le Théâtre français des sieurs de Scudéry, Tristan, Desmarets, et autres, publié par le même Courbé; ni l'édition de Toulouse, i652, in-8°, que nous avons trouvée à la Bibliothèque de Grenoble; ni la jolie édition elzévirienne, jouxte la copie, publiée

en i655 par Courbé, que Brunet signale d'après le Catalogue de Soleinne , et que nous avons vue à la Bibliothèque de Liège ; ni une petite édition in- 1 2 de 1 676, qui a paru dans une vente récente; ni les éditions de Troyes, 17 18 et 1736, in-i2, dont la première est à la Bibliothèque de Gand, et dont la seconde nous a été indiquée par M. Tandeau de Marsac; ni les réimpressions de La Mariane revue par J.-B. Rousseau, dans les Pièces dramatiques choisies et restituées par M.*** , à Amsterdam, chez Fr. Changuion, 1733 et 1734, in-12. Il est probable en outre qu'il a été donné, dans les provinces surtout, plus d'une autre édition de La Mariane, qui a échappé aux recherches des bibliographes et aux nôtres. Mouhy en signale trois , qui ne sont signalées nulle part ailleurs; nous les indiquons ici, mais sous toutes réserves, comme il convient de faire pour tout ce qui sort de cette plume suspecte : éditions in-8° en 1637, 1644 et i656, chez Courbé.

« Toutes ces éditions, hormis les trois premières, présentent en elles-mêmes peu d'intérêt; car, à l'exception de celle qui se trouve dans la Petite Bibl. des Th., et où l'éditeur a pris soin de donner en notes un certain nombre de variantes relevées sur le manuscrit de la Bibliothèque nationale, toutes les autres ne sont que des réimpressions plus ou moins fautives du texte de la

troisième édition ( lôSg). Mais elles prouvent par leur nombre même et par leurs dates le grand et durable succès de La Mariane de Tristan, et, à ce titre, elles devaient être rappelées ici.

« Il est probable que La Mariane a eu, comme Le Cid, rhonneur d'être traduite en plusieurs langues. Les bibliographies sont muettes sur ce point; mais, dans un recueil factice de la Bibliothèque de Gand, entre des traductions de V Horace et de V Héraclius de Corneille, nous avons mis la main sur une traduction hollandaise de la célèbre tragédie de Tristan : « Herodes en Mariane^ treurspel door Katarjme Lescailje , t'Amsteldam, by David Ruariis, 1730», tel est le titre de cette traduction, assez libre sans doute, car Kataryne Lescailje a donné le nom de Judas à l'Échanson, que Tristan ne nommait point, celui de Benjamin au chevalier d'honneur d'Alexandra, que la tragédie française appelait Ozias, et elle a resserré en deux distiques les douze vers que Tristan avait mis dans la bouche de Tharé et dans celle de Narbalaudénoûmentdesa tragédie. Cette traduction eut assez de succès pour être rééditée vingt-sept ans après à Amsterdam par Izaak Duim, l'éditeur de la traduction d'' Héraclius[ 1735). »

On vient de voir que l'édition de la Petite Bibliothèque des Théâtres, donne, en notes, une partie des variantes

de La Mariane. Mon plan général de réimpression page pour page ne m'ayant pas permis de procéder ainsi, j'ai dû placer, à côté Tun de Tautre, le texte de l'édition de 1 644 ( petit caractère romain ) et le texte du manuscrit ( i ) de la Bibliothèque nationale (gros caractère italique).

Avant d'exposer en détail les variantes du manuscrit, je dois, tout d'abord, signaler ici quelques particularités intéressantes :

La distribution comporte plus de rôles que celle du texte imprimé; voici la liste des personnages :

Herode.

Tharé, Gentilhomme de la chambre d'Herode.

Pherore, frère d'Herode.

Salome, sœure d'Herode.

Mariane, femme d'Herode.

Dina, confidente de Mariane.

L'eschanson.

L'huissier du Cabinet.

Phaleg, I" juge.

Sadoc, 2^ juge.

Phares, Capitaine des gardes,

Acham, Preuost.

(i) Ce manuscrit fut offert par Tristan à son protecteur, le duc d'Orléans, aussitôt après les premières représentations et avant l'impression de La Mariane. Il est donc fort précieux , puisqu'il donne le texte original.

BIBLIOGRAPHIE ET VARIANTES llj

Soesme créature d'Herode.

L'Eunucque.

Le Geôlier.

Isboceth, seigneur de la Cour d'Herode.

Alexandra, mère de Mariane.

Ozias, Chevalier d'honneur d'Alexandra.

Narbal, Gentilhomme de la Cour d'Herode.

Les gardes d'Herode.

Las arguments placés en tète de chaque acte n'existent pas dans le manuscrit, et les actes sont divisés en scènes moins nombreuses : le i'^'' acte ne comporte qu'une seule scène au lieu de trois; le 2"^^, cinq au lieu de sept ; le 3™^, une au lieu de quatre ( i ) ; le 4"i2, cinq au lieu de six. Seul, le 5^^ acte n'est pas modifié.

Enfin, dans Vaverîissement au lecteur, on s'aperçoit qu'après avoir cité Josèphe , Zonare ( et non pas Lonare, comme le dit — et comme me Ta fait dire — fautivement le texte de 1644) et Hégésippe, Tristan a omis le Reuerend Père Caussin, qui figure dans les diverses éditions avec une mention si flatteuse. — Cela s'expliquerait, comme le fait remarquer M. Bernardin (p. 217), par le besoin qu'avait notre poète de s'assurer, sinon la protection, au moins la bienveillance de ce révérend Père, qui

(1) On remarquera que j'ai fidèlement reproduit une faute curieuse de l'édition de 1644 : il y a deux Scène dcuxiesmc dans le S" acte.

venait d'être nommé Confesseur du Roi, le 25 mars i636. Le privilège de La Mariane fut, en effet, donné peu de temps après, le 14 juin de la même année.

Voici, maintenant, les nombreuses, et parfois très importantes variantes que J'ai relevées :

Page 6 :

Et les yeux et les mains sur l'argent qu'il amasse : Et ses yeux et ses mains sur l'argent qu'il amasse :

Page 8 :

La lumière et le bruit s'espandoient parmy le monde : (2) La lumière et le bruit s'espandoient par le monde :

Page 9 :

Pour atteindre plustost ce miracle des Belles. Pour me faire trouuer ce miracle des belles.

Page 1 1 :

Bref, voyant qu'il osoit ainsi s'émanciper

A la fin i'ay leué le bras pour le fraper. Bref, il m'en a tant dit osant s'émanciper Qu'à la fin i'ay leué le bras pour le fraper.

Page 1 1 :

Peut se perdre à la rade ou périr dans le port. Peut se perdre à la rade et périr dans le port.

(i) Ce vers de treize syllabes, où la faute de typographie devient évidente,

On voit dessus le Thrône vn Monarque nouueau. On voit sur leur vieux Thrône vn Monarque nouueau,

Page I 3 :

Que l'Arabe, le Parthe et l'Arménie entière

De trente légions menassent la frontière. Que trente levions d'Arabes et de Partîtes Tournent vers mes Estats pour y brouiller les cartes.

Firay les repousser au fond de leurs Prouinces, l'iray les repousser jusques dans leurs Prouinces,

Page 14 :

Iules, quoi que l'on die, auec plus de merueilles. Iules, quoy que l'o?! die, auec moins de merueilles

Pages 16 et 17 :

HERODE

L'erreur dont on m'accuse a troublé de grands hommes.

Soit aux siècles passez, soit au temps où nous sommes,

L'amour est tellement fatal à la valeur.

Qu'il n'est point de Héros exempts de ce mal-heur;

Celuy qui de son poil tenoit toute sa force.

Ne sceut se destourner de cette douce amorce.

Et ce petit Berger qui deuint vn grand Roy,

Fut en ses derniers iours plus insensé que moy.

Anthoine sous ce ioug abaissant son courage,

A de moindres clartez s'éblouit dauantage,

lorsqu'on le compare au vers du manuscrit, prouve, ainsi que deux ou trois autres vers faux qu'on rencontrera plus loin, qu'en 1644, Tristan, jugeant son texte bien définitivement arrêté, ne se donnait plus la peine de relire les épreuves et abandonnait à l'imprimeur le soin de les corriger.

I 3o LA MARIANE

Pour suiure Cleopatre il quitta son bon-heur,

Et s'embarquant ainsi, fit naufrage d'honneur.

De moy tous mes desseins sont sans honte et sans crime :

Le feu qui me consume est vn feu légitime;

le n'ay pas des désirs que l'on puisse blasmer :

Car i'aime seulement ce que ie dois aimer.

Si dans la passion d'vne amour coniugale,

De la Reine et de vous Tardeur estoit esgale,

Qui pourroit condamner vostre ressentiment?

Ou voudroit s'opposer à cet embrazement?

Mais quoy? vostre raison est vrayment endormie;

Vous faites vanité d'aimer vne ennemie,

Qui pour recompenser vn traictement si doux

N'aplique son esprit qu'à mesdire de vous.

SALOME.

Sans mentir, cette erreur est digne de reproche; HERODE.

Pherore, mon mérite a la faible d'Alcide,

Ce héros qui domta d'vne masse homicide

Les Tyrans orgueilleux et les monstres diuers

Qui depitajis le ciel désolaient l'vniuers :

Apres quil eut défait tant de cruelles testes,

Des geans à trois corps des serpens à sept testes,

Qu'il eut farce l'enfar, et les deux soustenu

Fut-il pas desarmé par vn enfant tout nud, |

Amour qui le blessa d'vn petit trait dejlame;

Lefist il pas filer sous des robes de famme?

Alcide comme vous ne fut iamais charmé, Car s'il aimoit Omphale il en estait aimé. Ceste belle Princesse admirant sa vaillance, Auoit conçu pour luy beaucoup de bien veillance , Où le suiet ingrat de vostre affection Voudrait vous immoler à son auersion.

SALOME.

Cette erreur est cent fois plus digne de reproche;

Page i8 :

Toute ceste rigueur vient de sa chasteté

Mais son humeur hautaine est pleine de bonté.

Quand le Parthe inhumain prit Hyrcane et Pharselle, Cette rigueur quelle a vient de sa chasteté; En son humeur hautaine elle a de la bonté. Quand le Parthe inhumain prit Hyrcane et Phaselle,

Qu'elle garde entre vous vn peu de majesté. Qu'elle garde entre vous vn peu sa Majesté.

Page 20 :

On verroit dans les Cours vne guerre éternelle, On verroit dans les Cours vne guerre itnmortelle ,

Page 21 :

Soesme, escoute vn mot.

SALOME.

O foiblesse indicible!

l32 LA MARIANE

Parlant à Pherore.

Il est ensorcelé, le charme est tout visible :

Vieil ca.

Il parle tout bas.

SALOME.

Voie\ comment son ame est obsédée Par les charines trompeurs de cette autre Médée.

Page 24 :

A plaire au sentiment d'vn Barbare, d'vn Scythe, A plaire aux sentiments d'vn Barbare, d'vn Scythe,

Page 26 :

Vn innocent beaufrere, vn aimable garçon, Vn innocent beaufrere, vn céleste garçon,

Celuy qui vers le Nil emporta les pourtraits Celuy qui vers le Nil emporta nos pourtraits

Page 32 :

Vous deuriez aussi l'aduertir de sa foiblesse Vous deurie\ l'aduertir aussi de sa foiblesse.

Page 33 :

C'est en dire vn peu trop, vous deuez, ce me semble. Ah c'est en dire trop, vous deue\, ce me semble,

Page 34 :

Si vous auiez pourtant quelque diuision, Si vous faisiez pourtant quelque diuision,

BIBLIOGRAPHIE ET VARIANTES l33

Page 35 :

Luy tenir vn discours qui ne luy plaira pas. Ltry tenir des propos qui ne lui plairont pas.

Vous ne luy direz rien qui luy puisse déplaire, Vous ne luy dire:{ rien qui puisse luy déplaire,

Et n'est pas ignorante en l'art de se vanger. Et n'est pas vue ingrate en l'art de se vanger.

Page 36 :

Qu'il n'en aille aduertir vn tiers qui nous trahisse, Ou qu'en raisonnant trop il ne se refroidisse :

Qu'il n'en aille aduertir vn tiers qui nous trahisse, L'Escliançon entre.

Et qu'en raisonjiant trop il ne se refroidisse : Il porte sur le front vne morne tristesse.

Il porte sur sott front vne morne tristesse.

Page 39 :

La meilleure façon dont ie le puis surprendre, La meilleure façon dont ie puis le surprendre ,

Page 41 :

le trouue ce discours fort propre à l'esmouuoir

Et i'espere, Madame, y faire mon deuoir. Ce stile est le meilleur que l'on puisse employer Pour surprendre vn Esprit que Ion veut effroyer.

Page 43 :

Celuy qui tous les iours ne fait que me desplaire. C'est celuy qui touiours ne fait que me desplaire.

Page 48 :

Vieil me conter icy le tout distinctement. Vie7î m'en conter icy le tout distinctement. L'Eschançon hiy parle tout bas.

Page 5o :

Assistez au procez qu'auiourd'hui ie veux faire. Suiue\ moy la dedans pow viiider cette affaire.

Page 54 :

Dés sa conception ta race est auortée.

Dés sa conception ta rage est auortée.

Page 55 :

HERODE

Ce n'est que sur son Roy simplement attenter.

Ce crime est fort nouueau , l'on vient de l'inuenter. HERODE.

Empoisonner son Prince est vn crime léger?

Ce crime est fort nouueaii, l'on vient de le forger :

Page 57 :

Monstre issu de l'Enfer pour nuire à l'innocence, Monstre esclos de l'Enfer pour nuire à l'innocence,

Cette iniure est contraint et n'a rien qui me fasche, Cette iniure est contrainte et n'a rien qui me fasche ,

BIBLIOGRAPHIE ET VARIANTES l35

Page 58

Elle est d'vne candeur que rien ne peut tacher

Et sans impieté l'on n'y sçauroit toucher.

le me ry de ta rage, et par ces vains blasphèmes,

En pensant me picquer tu te blesses toy-mesmes :

Ce reproche insolent choque la vérité,

Et fait voir clairement ton animosité;

Par là, ta perfidie est assez descouuerte.

Rien n'en sçauroit iamais tacher la pureté

Ny donner de l'ombrage à sa viue clarté.

le tne ry de ta rage, et par ce vain blasphème

En pensant m'offencer, tu te nuis à toy-mesme :

Ce reproche insolent blesse la vérité ,

Et fait voir clairement ton animosité ;

Par là, ton entreprise est asse^ descouuerte ,

Page 59 :

Depeschez, c'est vn droit qu'il faut que l'on me rende, Parle\ donc, c'est vn droict qu'il faut que l'on me rende,

HERODE

11 semble que la chose est assez auerée;

Quoy ? n'en auons-nous pas vne preuue asseurée ?

Regardant en colère le second luge.

Les attentats passez et les discours presens Pour esclaircir ce fait, sont-ils pas suffisans ? Le tesmoin qui l'accuse est homme irréprochable...

HERODE, parlant au deuxième luge.

Le tesmoin qui l'accuse est homme irréprochable.

Page 60 :

Falloit-il pour tramer cette lasche pratique Qu'elle en parlast tout haut en la place publique? Et n'auoit-elle pas assez de cet Agent Si sa rage l'eust pu corrompre par argent? Faut-il d'autres tesmoins de ce proiet infâme, Elle en a mille encor qui l'accusent dans l'ame, Et son cœur en secret est pressé d'vn remors Qui des-ia la condamne à plus de mille mors.

Pages 62 et 63 :

Que tu veux auiourd'huy r'entrer en ton deuoir, Que tu veux auiourd'hui r'entrer dans ton devoir,

Pour me perdre il suffit d'vne seule imposture. // suffit pour cela d'vne seule imposture.

Cesse de m'affliger auecque tes douleurs.

Mais fay plustost cesser ma vie et mes malheurs, Cesse de m'afliger auecque ta douleur,

Mais plustost fais cesser ma vie et mon malheur.

Certes sont des traits d'vne amitié bien tendre. Certes, ce sont des traits d'vne amitié bien tendre.

Page 66 :

La mort pour t'enleuerest desia préparée. La mort pour t'enleuer est toute préparée.

Page 6j :

Descouurant vn secret qui m'importoit si fort? Espanchant vn secret qui m'importoit si fort?

Hé Sire! ie commis ce crime par foiblesse! Hé Sire! i'ay commis ce crime par faiblesse l

Page 68 :

Tu ferois mieux pour toy de n"en rien desguiser. Tu f crois mieux pour toy de ne rien desguiser.

Aussi dans le péril où ie me suis ietté, Aussi dans le malheur oit ie me suis ietté,

l'ay bien sceu le secret de toute ceste aftaire. le scay bien le secret de toute ceste affaire.

Page 69 :

l'y voudrois repartir, mais il m'est impossible. l'y voudrois respliquer, mais il m'est impossible.

Page 71 :

Il faut qu'en mesme temps on l'expédie aussi, Il faut qu'en peu de mots ie l'expédie aussi.

Page 72 :

le t'auois confié le trésor le plus rare, Dont auecque raison ie pouuois estre auare.

l38 LA M ARIANE

Tu donnas cependant assistance au voleur, T'auois-ie pas commis à me garder deux pommes Dont iabbord deuoit estre inaccessible aux hommes : Tu donnas au contraire assistance au voleur,

Page 76 : .

Sans luy vous n'auriez plus de frère ny de Roy, Sans luy vous 7i'auie\plus de frère ny de Roy,

S'il n'eust point inspiré cet Officier fidelle le me trouuois surpris d'vne embusche mortelle, S'il n'eust point inspiré cet Officier fidelle le me trouuois surpris d'vne embusche nouuelle , Sans cet heureux aduis Herode estoit perdu.

SALOME.

Desia pour cet effect le piège estoit tendu. Sans cet heureux aduis Herode estoit défait.

SALOME.

On auoit mis au feu les fers pour cet effet.

Page 80 :

Sa disgrâce présente et mes faueurs passées , Sa disgrâce présente et ses faueurs passées ,

La tiendront à la gesne, et la nuict, et le iour. La tiendroient à la gesne, et la nuict, et le iour.

Page 84 :

Mon ame n'a recours qu'à tes bontez diuines; Mon ame se resigne à tes bonte^ diuines;

BIBLIOGRAPHIE ET VARIANTES I Sq

Page 85 :

D'auoir veu là dehors tout le peuple assemblé, C'est de voir là dehors tout le monde assemblé ,

Page 89 :

Qu'vn reproche honteux suruiue à mon trépas, Qii'vn reproche honteux suiiie après mon trespas,

Page 90 :

Fera voir ma vertu qui n'est point tachée Fera voir ma vertu qui ne fut point tachée.

Mon ordre est fort exprès, et doit estre obserué. Mon ordre est fort estroit, et doit estre obserué.

Page 95 :

Qui de cent faux objets brouilles ma fantaisie, Qui viens gesner mon ame après l'auoir saisie,

Page 97 :

La constance et l'honneur comme la pieté La constance, l'honneur et la fidélité.

Page 98 :

Et le flambeau du monde acheue sa carrière?

On leveid autrefois retourner sur ses pas, Et le flambeau du iour acheue sa carrière? Qiioyl la Grèce l'a veu retourner sur ses pas

Page 99 :

le sçay que cet ouurage à son Autheur ressemble le scay que ce chef d'œiiure à son Autheur i~essemble

Dis-tu qu'on a destruit ce Chef d"œuure des Cieux? Dis-tu qu'o?i a destruit cet ouurage des Cieux?

Sire, ce triste coup s'est fait deuant mes yeux. Sire, auecque regret, ie l'ai veu de mes yeux.

Page i8i :

Sa mère en l'abordant changea par quelque crainte

Sa pitié véritable en vne rigueur feinte; Ainsy quelle passoit à costé d'vne arcade Sa mère en l'abordant liiy Jist vne boutade

Cachant les sentimens que donne la Nature Perdant les sentimens que donne la Nature

Et passant, repartit à ceste vaine ofFence Et passant , repartit à ces marques d'offense

Page io3 :

Là dessus vn grand cry tout autour s'entendit Qui pénétra les airs que son ame fendit On veid sourdre aussi-tost mille chaudes fontaines Là dessus vn grand cry tout autour s'entendit, Vn rayon de clarté sur elle descendit, Ou veid sourdre partout mille chaudes fontaines

HERODE

Auoir osté la vie à des beautez si rares,

HERODE

La neige de son corps n'est dojic plus animée, La rose de sa bouche est pour iamais fermée , Sa voix a donc perdu l'adresse de charmer Et ses yeux oublié l'vsage d'enflammer, Auoir osté la vie à des beauté:^ si rares

Quelle aftVeuse montagne et quel antre escarté

Pourront seruir d'azile à mon impiété ? Quelle affreuse motttagne et quel antre escarté Pourrait seruir d'agile à mon impiété?

Page 104 :

Ah! ie suis l'autheur de ce meurtre inhumain, Ah ! ie suis l'autheur de ce crime inhumain ,

Page io5 :

Vous; peuples oppressez, spectateurs de mes crimes, Vous, peuples oppresse^, les tesmoins de mes crimes,

La mort de vostre belle et chaste Mariane; Le trépas inhumain de la fille d'Hircane;

Page 106 :

Que la peste et la faim consomment leurs familles; Que la peste et la faim consume leurs familles;

Page 108 :

Il faudra l'aborder auec beaucoup d'adresse,

Il ne faut l'aborder qu'auec beaucoup d'adresse,

Page 109 :

Seigneur, vos sentimens sont bien melancholiques. Monsieur, vos sentimens sont bien melancholiques.

Page 1 12 :

Cette haine mortelle à toutes mes délices, Cette attainte mortelle à toutes mes délices,

Page 113 :

On mettra son Eunuque en pleine liberté

Quand i'auray là dessus apris sa volonté le remis son Eunuque en pleine liberté Si tost que, là dessus i'apris sa volonté.

Page 1 14 :

Cet objet affligeant reuient pour me punir. Ce lamentable obiet reuient pour me punir.

Page 1 1 5 :

Malgré tant d'ennemis qui te firent la guerre, Malgré tant d'ennemis qui te faisoient la guerre.

Les variantes que je viens de citer sont au nombre de près de cent. On me reprochera peut-être d'en avoir donné qui paraissent insignifiantes; mais, je pense qu'elles présentent toutes un puissant intérêt, puisqu'elles permettent de saisir sur le vif les procédés de

travail du poète, et qu'elles sont destinées à être mises sous les yeux de lettrés qui estimeront, j'en suis sûr, que rien n'est indifférent en pareille matière.

Il ne reste plus qu'à dire quelques mots de la date de représentation de La Mariane. Cette représentation eutelle lieu avant ou après celle du Cid?

C'est encore à M. Bernardin qu'il faut demander la solution de ce point si intéressant d'histoire littéraire :

«... Si tout le monde est unanime à constater l'éclatant succès de La Mariane, cet accord cesse, quand il s'agit d'établir à quelle époque commencèrent les représentations de cette tragédie. Généralement, ne tenant compte que d'une partie du texte, assez ambigu d'ailleurs, des Frères Parfaict (i), on dit que La Mariane « balança le succès du Cid ^^ et, comme Le Cid fut acclamé au plus tôt à la fin de i636, on date volontiers La Mariane de i63j. C'est une erreur, qu'il n'est pas sans importance de relever pour la réputation de notre poète : Mariane n'a pas suivi, mais précédé Le Cid. Le Privilège du Cid est du 21 janvier ibSj, et V Achevé d'imprimer du 2 3 mars. Le Privilège de La Mariane porte la date du 14 juin i636; et, comme Tristan ne mit pas la même précipitation que Corneille à se faire im-

(i) T.V, p. 191. « La pièce, que nous annonçons, non seulement surpassa par son succès la tragédie de Médée , de Corneille, mais sembla balancer celui du Cid, avec lequel elle parut en concurrence l'hiver suivant. »

primer, loin de là, puisque la première édition de sa tragédie ne parut que le i5 février 1637, on peut croire, d'après les usages de Tépoque, que La Mariane fut représentée avant le carnaval de t636. C'est Mouhy qui, par extraordinaire , doit être écouté ici , quand , dans ses Tablettes dramatiques et dans son Journal du Théâtre français, interprétant le texte des Frères Parfaict autrement que les autres critiques, il oppose le succès de la tragédie de Tristan, non pas à celui du Cid, mais à celui de la Médée de Corneille, qu'elle fît oublier, ajoutant, d'ailleurs « que malgré l'effet prodigieux que « lit, quelques mois après, la tragédie du Cid, l'admi- « ration qu'elle causa ne nuisit point à celle de Mariane, a dont les représentations continuaient encore ». Nous avions espéré que la Galette nous permettrait de fixer une date plus précise que celle que nous donnons; mais, par malheur, parmi les comédies, assez nombreuses, représentées au Louvre et à l'hôtel du cardinal en février et en mars i636, Renaudot ne nomme que la Cléoriste de Baro. »

Et maintenant que j'ai terminé cette longue et attachante étude du chef-d'œuvre de Tristan, je n'ai plus qu'à exprimer le désir de voir la Comédie française remettre à la scène une tragédie qui égale les plus belles pièces de notre répertoire classique. La langue a vieilli,

c'est vrai, beaucoup plus que celle de Racine, plus même que celle de Corneille, mais, qui prouve que le public n'y goûterait pas un charme de plus, surtout si un véritable artiste, tel que Mounet-Sully, prêtait au rôle d'Hérode la sincérité et la force de son magnifique talent? Qui sait si la vieille tragédie ne retrouverait pas alors réclat merveilleux de ces représentations du Théâtre du Marais, qui furent, il y aura demain trois cents ans, une des gloires et le couronnement de la carrière du grand tragédien Mondory?

lO OCTOBRE

M DCCCCI

PUBLICATIONS DE LA MAISON DES POÈTES, 42, RUE MATHURIN RÉ- GNIER, A PARIS, iSn^e.

Imprimés à deux cents exemplaires numérotés.

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