SCENE IV
NERON, SABINE, SEVINVS.
NERON
L faut que les Bourreaux te traictent comme vn traistre Qui deloyallement attente sur son Maistre.
SABINE
D'où vient vn si grand bruit?
NERON
Ce braue Colonnel Qui faisoit l'empressé se trouue criminel : Nous Tauons découuert pour estre des complices.
SABINE
O que sa trahison mérite de supplices!
NERON
En cette occasion, ce perfide flateur
Vouloit faire parler ce sage Sénateur :
Et pour se couurir mieux, luy faisoit des demandes
Auec vne insolence et des rigueurs trop grandes :
Alors qu'importuné des propos de Rufus,
Seuinus Ta fait taire et Ta rendu confus.
SABINE
Il meriteroit bien que pour ces bons offices,
Tu luy fisses pardon; s'il nommoit ses complices.
NERON
Il marchande à parler.
SABINE
O qu'il me fait pitié !
Comment! n'obtiendras-tu ta grâce qu'à moitié?
DE SENEQVE. 91
Ah ! vomis ce secret qui cause leur ruine ;
C'est vn poison mortel enclos en ta poitrine,
N'irrite point César qui te veut pardonner;
Si ton silence dure on te fera gesner.
Mais ne perds point de temps, c'est vn fait qui te touche,
Seuinus, ton salut est encore en ta bouche.
SEVINVS,
toîct bas.
Puis que par les soldats ie serai visité. Il faut bien que ie cède à la nécessité,
SABINE
Croy moy, déclare tout, afin qu'on te pardonne; Parle auant qu'on te prenne et que ie t'abandonne.
SEVINVS, se jettant aux pieds de Sabine.
Hélas! belle Princesse, employez-vous pour moy : le ne sçaurois parler; l'en ay donné ma foy , Tout ce que ie puis faire en vn estât si triste. C'est de vous présenter seulement ceste Liste.
SABINE
César, ly ce papier : et voy si i'ay raison Quand ie tiens pour suspects, et Seneque et Pison. Pour s'emparer du Trône et pour t'oster du monde, Pison est Chef de part, et Lucain le seconde.
Voicy de mes soupçons vn manifeste auœu; Tu peux cognestre icy l'Oncle par le Neueu. Ce Vieillard si rusé t'abusoit par sa mine; Mais ces deguisemens n'ont peu tromper Sabine. Qu'en dis-tu maintenant?
NERON
Quoy? tant de Cheualiers?
Des Consuls? des Tribuns, des Chefs, des Centeniers, Les plus grands des Romains se sont liguez ensemble Contre leur Empereur? ah! Sabine, ie tremble, Le cœur me bat au sein.
SABINE
Il le faut r'asseurer, Et les mettre en estât de ne plus conjurer. Auant que de ce bruit quelquVn les auertisse. Donne ordre qu'on les cherche, et que l'on s'en saisisse.
Nous ne trouuerons pas des Bourreaux suffisans Pour imposer des fers à tant de partisans.
SABINE
Nous ne manquerons point de gens pour leur suplice; Douze mille soldats en vont faire l'office.
DE SENEQVE. 93
NERON, parlant à Tigillin.
Cours vers Lateranus qui deuoit lâchement Commencer l'attentat par vn embrassement; Qui dVne humble façon déguisant son audace, Deuoit lors me forcer de tomber sur la place. Dy luy qu'il meure viste; et que ie luy deffens D'embrasser à sa mort sa femme et ses enfans; Asseure-toy du reste; et d'vne adroite sorte, Pren-les ou vifs ou morts allant auec main forte.
Et Seneque en ce lieu se doit-il oublier,
Luy qui sans se deffendre et sans s'humilier
A dit à Natalis touchant cette menée
Que le sort de Pison estoit sa destinée?
N'en dit-il pas assez pour t'apprendre aujourd'huy
Qu'il est de la partie et conspire auec luy?
Sa trame en mots couuerts est assez descouuerte ;
Qui vit auec Pison, doit périr par sa perte.
Seneque attendroit-il quelque meilleur succez,
Faut-il plus que cela pour faire son procez?
Mais a-t'il dit ces mots? il faut qu'on luy demande.
SABINE
Il est bien impudent s'il faut qu'il s'en defîende; Sans doute Natalis ne l'a point inuenté.
NERON
Il en faut sur le champ sçauoir la vérité.
Fin du quatriesme Acte.
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DE SENEQVE.
ARGVMENT
DV CINQyiESME ACTE.
Eneque pré-sent son heure dernière; et s'y prépare en Philosophe.
II. Sa femme se plaint de sa trop grande franchise qui luy fait auoiier qu'il est Amy de Pison, en vne rencontre dangereuse.
III. Siluanus luy vient porter le Commandement de mourir de la part de Néron.
IIII. Qui, troublé d'auoir appris la Conjuration faite contre luy, craint que les Autheurs de cet attentat dessigné ne soient pas encore tous descouuerts.
V. Seuinus qu'il a gagné par belles promesses promet vainement de porter Epicaris à les déclarer.