SCENE III
NERON, SEVINVS, RVFVS, TIGILLIN.
NERON, tenant vn papier.
VN siège promptement; que Seuinus approche; le sçay que ta vertu se trouue sans reproche, Et que sans donner place à ma seuerité, Tu vas ingénument dire la vérité.
Mais pour ne me laisser aucun mauuais indice; De peur que ta mémoire en ce lieu te trahisse, Et que tu faces voir de la mauuaise foy Aux dépositions que voicy contre toy; Consulte-la de grâce auant que me respondre; Di la chose en son ordre , et ne vas rien confondre. Quels furent tes propos parlant à Natalis Hier dans le champ de Mars? à ces mots tu pâlis?
SEVINVS.
C'est de douleur que i'ay de voir mon innocence Par de mauuais raports suspecte à ta puissance,
NERON
Mais de quoy parliez-vous si long-temps en secret?
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SEVINVS.
D'vn desordre qu'à Rome on void auec regret : D'vn droit licentieux, que la loy doit restraindre : Et dont les gens d'honneur ont sujet de se plaindre. De ce que l'afifranchy veut, contre la raison, Auec le Chevalier faire comparaison :
Et sans se souuenir comment on l'a veu naistre, A l'audace par fois de coudoyer son Maistre.
NERON
Cela n'a nul rapport, que dites-vous après?
SEVINVS.
Il fut aussi parlé de la rigueur des prêts : Et comme l'Vsurier qui gagne sans mesure, Les plus grandes Maisons consume par vsure.
NERON
En suitte?
SEVINVS.
Il fut parlé du long retardement Du bled qui vient d'Egypte.
NERON
O long déguisement!
Sont-ce tous les propos que vous eûtes ensemble?
SEVINVS.
C'est tout ce qui fut dit ; au moins comme il me semble.
NERON
Et de Lateranus n'en fut-il point parlé?
SEVINVS.
O Natalis perfide! as-tu tout reuelé?
Fut-il iamais parlé de lâcheté plus haute!
O que de gens de bien vont périr par ta faute !
NERON
Mais toy, pour te placer au rang des gens de bien, Tu pouuois conspirer sans me demander rien. Par quel noir mouuement as-tu peu te conduire A rechercher ma grâce en me voulant destruire? Traistre, que mes bien-faits ne pouuoient obliger; Et qui ne me flatois qu'afin de m'egorger; Ah! ie me souuiendray de tes solicitudes.
SEVINVS.
César, ie suis confus de ces ingratitudes, j'
Des-jà le vif remords de ce lâche dessein
Auant l'euenement m'auoit perse le sein : i,
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Ma première fureur qui s'estoit alentie Me laissoit en estât de rompre la partie.
NERON
Puisqu'à la rompre ainsi tes sens se disposoient, Tu peux bien me nommer ceux qui la composoient C'est là pour ton pardon tout ce que ie désire. Qui sont-ils?
SEVINVS.
Natalis te le pourroit mieux dire.
NERON
Pour les sçauoir de toy faut-il te menacer?
SEVINUS.
Ah! i'ayme mieux mourir que de les dénoncer.
NERON
Rufus, fay moy raison de ce morne silence.
RUFVS , prenant Seuinus au colet.
Parle auant qu'on t'entraine auecque violence : Nomme les Conjurez :
SEVINVS.
Ne presse point ma foy :
Si tu me fais parler, ie parleray de toy.
RVFVS.
Nomme-les, nomme-les :
SEVINVS.
O rimpudence extrême !
Que ne te resous-tu de les nommer toy-mesme.
NERON
Escoutons :
RVFVS.
Moy , meschant? ie suis homme de bien ;
SEVINVS.
Ouy, toy; denonce-les; tu les cognois fort bien; Nul n'est plus suffisant d'en dire des nouuelles.
NERON
On a donc corrompu mes gens les plus fidelles!
RVFVS, faisant signe à Seuinus.
Imposteur, garde-toy d'offenser la Vertu.
SEVINVS.
Rufus, il n'est plus temps, pourquoy me pressois-tu?
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NERON
Tigillin, Tigillin, as-tu veu Tartifice?
Qu'on se jette sur luy, gardes, qu'on le saisisse.
RVFVS.
César, escoute moy;
le ne t'escoute plus, Tu feras désormais des signes superflus.
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