‹ ThéâtreChapitre 94 sur 96 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SENEQVE, PAVLINE.

On Ame appreste-toy pour sortir toute entière

De cette fragile matière Dont le confus mélange est un voile à tes yeux : Tu dois te réjouir du coup qui te menace, Pensant te faire iniure on te va faire grâce :

Si Ton te bannist de ces lieux En t'enuoyant là haut, c'est chez toy qu'on te chace, Ton origine vient des Cieux.

Nous auons assez veu le cours de la Nature, Sa riche et superbe structure.

Ses diuers ornemens et ses charmans atrais;

Elle a peu de beautez qui ne nous soient cognuës,

Il faut quiter la terre, et monter sur les nues.

Pour cognestre d'autres secrets;

Il faut chercher du Ciel les belles auenuës.

Et voir le Soleil de plus prés.

On ne treuue icy bas que des loix tyranniques , D'où naissent des effets tragiques,

Et les Monstres y sont au dessus des Héros;

La Vertu sous le joug y demeure asseruie :

L'Orgueil, l'Ambition, TAuarice et l'Enuie Nous y troublent à tous propos;

Mais là haut dans Testât dVne meilleure vie On goûte vn éternel repos.

Principe de tout estre oii mon espoir se fonde;

Esprit qui remplis tout le monde, Et de tant de bontez fauorises les tiens, Tu voy les cruautez de qui ie suis la proye. Et j'attens de toy seul mon repos et ma joye;

Fav que ie goûte de tes Biens, Et me tires bien-tost afin que ie te voye

Du joug de ces pesans liens.

Pauline entre.

Mais ma chère moitié se dissout toute en larmes,

Tantmonprochainbon-heurluy vient donner d'alarmes,

Faut-il pleurer, Pauline, et faut-il s'estonner

Au moment bien-heureux qui nous doit couronner

Quand nos pas glorieux imprimans la poussière,

Nous font trouuer la palme au bout de la Carrière?

Le pilote batu par les flots irritez

Quand son Vaisseau maljoinct fait eau de tous costez,

DE SENEQVE. 99

Errant sans gouuernail au gré de la tempeste

Qui tombe incessamment ou bruit dessus sa teste;

A-t'il en quelque sorte à se plaindre du sort,

Si par vn coup de vague il est mis dans le port?

Le pèlerin lassé dVn pénible voyage

Aueuglé de la poudre, ou mouillé de l'orage :

Se peut-il affliger auec quelque raison

Quand il touche du pied le seiiil de sa maison;

Pourquoy nous plaindrions-nous d'vn sort digne d'enuie?

La mort est le repos des trauaux de la vie,

Et celuy qui désire en allonger le cours

Aymé à gémir sans cesse, et souspirer tousiours.

Quand vne mort certaine est preste de le prendre, Le sage, à mon aduis, doit constamment l'attendre. Puisque c'est vn deffaut que de s'inquiéter A l'approche d'vn mal qu'on ne peut éuiter : Il faut absolument qu'vne Ame bien placée S'appreste de partir quand elle en est pressée. Mais aller de si loin rechercher le trespas. Et l'appeller soy-mesme alors qu'il ne vient pas; C'est treuuer des appas en vne chose horrible. Et faire vanité d'vn désespoir visible.

La nature inspirant vn désir de repos Ne nous enseigne rien qui ne soit à propos.

loo LA MORT

A tous les animaux elle a donné l'enuie

D'éuiter les périls pour conseruer leur vie;

La vie est donc vn bien dont nous deuons vser,

Sans Texposer si fort, et sans le mespriser :

Il faut laisser agir les Cieux et la Nature;

Et vous sçauez, Seigneur, qu'en cette conjoncture

C'est auancer l'effet du fer, ou du poison,

Que tesmoigner ainsi d'estre amy de Pison.

SENEQVE.

En ces occasions faut-il qn'on abandonne

Son honneur et sa foy pour sauuer sa personne?

Qui lâchement s'abaisse et manque d'amitié ;

En pensant se sauuer perd plus de la moitié.

Pour alonger ses iours il abrège sa gloire;

Et pour garder son sang prodigue sa mémoire.

Tant de doctes leçons et de raisonnemens Qui pourroient affermir les plus mois sentimens; En cette occasion ne nous seruiroient gueres Si nous auions encor des foiblesses vulgaires , Si nous estions sujets à nous espouuenter. Et si nous redoutions ce qu'on peut souhaiter.

le me voy sur le poinct que Testât de ma vie Ne sera plus en bute aux noirs traicts de l'Enuie, Qui me blâme en secret, et me nomme tout bas, Complice d'vn desordre où ie ne trempe pas.

DE SENEQVE. loi

Les meschans m'accusoient auec trop d'injustice, De maintenir Néron dans l'ordure du vice; De ce cruel affront ie vay me ressentir. Et Tarrest de ma mort s'en va les démentir. Il sera mal-aisé désormais qu'on m'impute D'estre le confident de qui me persécute : LVniuers apprendra qu'on me blâmoit à faux, Et que ie n'eus iamais de part à ces deffaux. N'a-t'il pas à Burrus donné la recompence De ses sages conseils, et de sa diligence? Que diroit-on de moy si i'estois conserué, le me dois ressentir de l'auoir esleué, D'auoir soigneusement cultiué cette plante, Qui fut mesme à sa tige ingrate et mal-faisante; Cette fleur dont le lustre est si fort abatu, Et qu'on a veu corrompre au sein de la vertu; Mais quoy, le Centenier m'aporte des nouuelles Qui me resiouïront, fussent-elles mortelles : Et bien, que veut César, dv-le nous hardiment?

LE CENTENIER

Que Seneque s'appreste à mourir promptcment.

SENEQVE.

O doux commandement! ô faneur agréable!

Nouuelle désirée autant que désirable;

Il nous oblige fort de nous traicter ainsi,

S'il veut que nous mourions nous le voulons aussi;

Il sçait donner à tout, et le prix et l'estime,

Il ne m'ordonne rien qui ne soit légitime.

LE CENTENIER

Il te laisse le choix, pour certaine raison, De la flàme, de l'eau, du fer ou du poison : Pren lequel tu voudras, choisi;

SENEQVE.

le Ciel luy rende.

Il m'oblige beaucoup, cette faueur est grande. Il faut exécuter cet équitable arrest.

Et tu verras bien-tost comme ie suis tout prest;

Il frappe à sa porte.

Mais faut-il si soudain que ie te satisface, Puis-je d'vn testament consoler ma disgrâce? Puis-Je adoucir d'vn mot l'aigreur de mon trespas?

LE CENTENIER

Voy, si tu veux, mon Ordre; il ne le porte pas.

SENEQVE.

Cessons donc de porter vn meuble si fragile,

// jette ses tablettes.

Puis qu'il nous est à charge et nous est inutile; Je serois estonné s'il m'eust esté permis De laisser en mourant du bien à mes amis;

DE SENEQVE. io3

Il est tout à César, ie n'en puis rien soustraire, le n'en suis seulement que le dépositaire. En me le confiant, il ne s'est point deceu, le luy rends tout entier comme ie l'ay receu;

Pauline, c'est pour toy que ie voudrois escrire, Mais ta fidelle amour de ce soin me retire Suiuant exactement l'ordre qu'on me prescrit, le ne perds pas beaucoup pour n'auoir point escrit : J'ay par mes actions tracé dans ta mémoire Assez heureusement l'image de ma gloire, Ceux qui de ma vertu pourront encor douter Pour en estre esclaircis n'ont qu'à te consulter; Il te souuiendra bien qu'auec assez d'estime l'ay vescu près de toy sans reproche et sans crime; Il te souuiendra bien de ma constante foy, Et que prest à partir ie n'eus regret qu'à toy.

PAVLINE

Moy ie m'en souuiendray? ie veux qu'on se souuienne, Qu'il ne fut point d'amour comparable à la mienne : En vous suiuant par tout ie veux montrer à tous : Si vous viuiez en moy, que ie viuois en vous.

SENEQVE.

Ne précipite point le cours de tes années.

PAVLINE

En la fin de Seneque elles seront bornées,

Rien n'aura le pouuoir de rompre vn neud si beau, Nous n'auons eu qu'vn lict, nous n'aurons qu'vn tombeau .

SENEQVE.

Ah! ne meurs point si tost;

PAVLINE

le ne sçaurois plus viure.

SENEQVE.

Vi pour me contenter.

PWLINE.

le mourray pour vous suiure.

SENEQVE.

N'aurois-je plus sur toy de pouuoir absolu?

PAVLINE

Le conseil en est pris, c'est vn poinct résolu.

SENEQVE.

O rare pieté! ta constance fidelle Remporte sur Seneque vne palme immortelle : Sans doute nos Neueux auront droit de douter. Si méritant beaucoup, i'ay peu te mériter;

DE SENEQVE. io5

Comme de ta beauté tout ton sexe eut enuie, Il deuiendra jaloux de la fin de ta vie; L'effet est trop brillant de cette saincte amour, Elle me va faire ombre en se mettant au iour, le ne puis te celer qu'vn si beau traict me blesse; La force de ton ame a causé ma foiblesse , Ta rare pieté me touche tendrement, Il m'eschappe des pleurs dans ce ressentiment. C'est pourquoy si Pauline à partir se dispose, Qu'auparauant sa foy m'asseure d'vne chose, C'est qu'ayant pris de moy ce glorieux poignard, Elle ira, s'il luy plaist, s'en seruir autre part : Car sans quelque foiblesse indigne et mal-seante, le ne pourrois iamais voir Pauline mourante : Sans doute cet objet me feroit murmurer, Et ne me seruiroit qu'à me deshonorer.

PAVLINE

Seigneur, permettez-moy;

SENEQVE.

Non, il faut que l'on cède.

PAVLINE

Que ie face l'essay de ce dernier remède : l'aurois trop de bonheur si vous me permettiez D'en gouster la première, et mourir à vos pieds.

io6 LA MORT

SENEQVE.

C'est en vain, c'est en vain, ta demande m'outrage, Et c'est perdre le temps qu'en parler dauantage.

PAVLINE

Seigneur, j'y consens donc, mais non sans desplaisir,

LE CENTENIER

On ne nous a donné que fort peu de loisir, Haste vn euenement que César veut apprendre.

SENEQVE.

le suis trop criminel de Tauoir fait attendre, Demandons-luy pardon de ce retardement; Embrassons-nous, Pauline, et mourons promptement.

LE CENTENIER

Entre donc là dedans, celuy qui nous enuoye S'auance à la Tribune , et ie crains qu'il te voye. En sa mauuaise humeur nous n'en serions pas mieux Si ton visage encor s'offroit deuant ses yeux.

DE SENEQVE. 107

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NERON, SABINE, SEVINVS, RVFVS, des Gardes.

NERON

O Dieux! que d'Ennemis! Teffroyqui m'enuironne Sur mon front palissant fait trembler ma Couronne Serons-nous assez forts pour en venir à bout, Peut-on à tant de gens faire teste par tout? Le bras de Tigillin, et l'Esprit de Sabine Pourront-ils renuerser cette grande machine? Quand mesme quelque Dieu viendroit me le iurer A peine mon Esprit s'en pourroit assurer.

Quoy que le mal soit grand, r'affermis ton courage; Nous auons auancé la moitié de l'ouurage, Tes Ennemis connus sont pris ou dépeschez ; Mais il faut découurir tous ceux qui sont cachez. Le Médecin sçauant et plain d'expérience Doit du mal dont il traite auoir la cognoissance; C'est sur ce fondement qu'il peut auec raison Aux corps intemperez rendre la guerison :

io8 LA MORT

Nous sçauons vne part de la trame funeste

Et pour nostre assurance il faut sçauoir le reste.

Possible Epicaris le pourra reueler, II faut que Seuinus l'oblige de parler.

SABINE

Seuinus, c'est icy que tu feras parestre Si ton zèle respond aux bontez de ton Maistre; DVn Empereur clément qui sçait tout pardonner, Et qui pour cet effort te va beaucoup donner. Si tu peux en ce fait agir de bonne sorte, lamais tes créanciers n'assiégeront ta porte : lamais mortel encor dans le rang que tu tiens Ne s'est veu iusqu'icy comblé de tant de biens. Oste-nous seulement cette espine importune, le suis la Caution de ta bonne fortune.

SEVINL'S.

Madame, vous verrez comme ie m'y prendray , Ce sont des veritez que ie luy maintiendray, Et quoy qu'elle tesmoigne vne si grande audace, Qu'elle ne peut iamais me dénier en face.

Il seroit à propos de luy persuader Qu'elle garde vn secret dangereux à garder,

DE SENEQVE

Qu'elle ne gagne rien que la mort à se taire, Qu'vne confession luy seroit salutaire : Enfin, qu'à ton exemple, elle peut sans erreur Perdre tous ses Amis pour sauuer l'Empereur. La voicy qui paroist en triomphe portée;

NERON

Des gens trop curieux l'ont vn peu mal traictée.

NERON, EPICARIS, SEVINVS, SABINE.

NERON

COgnoy-tu de l'Estat les sages deffcnseurs? EPICARIS.

l'en cognoy beaucoup mieux les cruels opresseurs.

NERON

Seuinus, adoucis cet animal farouche

Qui n'a que du poison et du fiel dans la bouche.

SEVINVS.

Epicaris, c'est trop t'exposer aux tourmens. Tu dois te départir de ces dcguisemens;

no LA MORT

C'est s'obstiner en vain la chose est découuerte; Le Ciel des Conjurez a résolu la perte, Cet excez de courage et de fidélité Ne s'y peut opposer qu'auec impieté.

Les Amis de César ont suborné les nostres; Les vns m'ont dénoncé, i'ay dénoncé les autres, Et ce digne Empereur meu de compassion, A daigné faire grâce à ma confession : Si tu veux receuoir les mesmes bénéfices, Reuele promptement tous les autres complices : Tu peux voir au pardon le chemin tout batu. Tu n'as rien qu'à parler;

EPICARIS.

Que me demandes-tu?

SEVINVS.

Tous ceux que tu cognois de cette intelligence.

Moy? ie ne cognoy rien que ta seule imprudence

Et si visiblement tu la fais éclater,

Qu'il n'est pas de besoin de la manifester.

SEVINVS.

Ce trait n'est imprudent qu'à ton sens indocile : L'imprudence est nuisible, et cet acte est vtile.

DE SENEQVE. m

C^est de ce seul aueu que dépend ton bon-heur.

EPICARIS.

Ma vie en despend bien, mais non pas mon honneur.

SEVINVS.

C'est flater ton esprit dVne erreur sans seconde, Carde quoy sert Thonneur quand on n'est plus au monde?

EPICARIS.

Nos Esprits ne sont pas d'vn sentiment pareil.

SEVINVS.

Tu ne ferois point mal de suiure mon conseil.

EPICARIS.

Qui suiuroit le conseil d'vne Ame si timide Pour aller à la gloire auroit vn mauuais guide.

SEVINVS.

Maistoy, fille obstinée, en résistant si fort, Tu tiens bien le chemin pour aller à la mort? Sçay-tu bien que Pison s'est fait ouurir les veines Pour soustraire sa vie à mille iustes peines. Que Sçaurus de César a senty le courrons Et que Lateranus est mort de mille coups?

Que Voluse est pery d'vne façon tragique Pour expier son crime?

EPICARIS.

Ou pour la Republique.

SEVINVS.

Et que Flaue et Rufus ont hâté leur trespas.

EPICARIS.

Comme eux Brutus est mort, mais son nom ne l'est pas.

SKVINVS.

Lucain , qui fut toujours digne de ton estime, Nomme tous ses Amis qui trempent dans le crime, Des tourmens préparez redoutant la rigueur;

EPICARIS.

Ce trait fait assez voir qu'il n'eut iamais mon cœur.

SEVINVS.

Ne ferme point la bouche alors qu'on te conuie De parler librement pour conseruer ta vie : Implore les bontez que ie viens d'esprouuer, Et te sers de la planche offerte à te sauuer.

DE SENEQVE. ii3

O le honteux conseil ! pour éuiter l'orage

A tant de gens de bien faire faire naufrage?

le ne trahiray point des cœurs si généreux;

Ils s'exposent pour nous, ie veux mourir pour eux.

NERON

Tu cognoy donc des gens dont la cruelle enuie Fait encore dessein d'attenter sur ma vie?

EPICARIS.

Ouy ie sçay le dessein de cent hommes d'honneur Qui fondent sur ta mort leur souuerain bonheur : l'en sçay des plus hardis et des plus grands de Rome, Mais ie mourray cent fois auant que ie les nomme.

NERON

Prens-tu quelque plaisir à te faire gesner?

EPICARIS.

Beaucoup moins qu'vn Tiran n'en gouste à l'ordonner.

SABINE

L'impudente, la terre est-elle bien capable

De porter vn moment ce Monstre insuportable?

Elle peut sans horreur porter Epicaris,

Puis qu'elle porte bien la femme aux trois maris.

SABINE

Ta langue pour ce mot sera bien-tost coupée;

EPICARIS.

Que deuroit-on couper à Sabine Popée?

SABINE

Quand tu n'aurois vomy que ce mot seulement,

Tu mourras de cent morts par mon commandement.

EPICARIS.

Ces matières de peur sont ce que ie desdaigne : Menace-moy plustost de viure sous ton règne. Aucun autre malheur ne me sçauroit troubler : Et c'est la seule peur qui me feroit trembler.

NERON

O nouuelle Alecton que l'Enfer a vomie! Qui t'a donné sujet d'estre mon Ennemie? Qui de ta cruauté me rend ainsi l'objet?

EPICARIS

Tu veux donc le sçauoir : en voicv le sujet :

DE SENEQVE. ii5

le t'aymois autrefois, quand ton front hipocrite

Se couuroit faussement des couleurs du mérite :

Lors que ta main feignoit de faire vn grand effort

Pour escrire ton sein sous vn Arrest de mort :

Quand ton Esprit brutal, cachant sa véhémence,

Pratiquoit la lustice, exerçoit la clémence,

Et pour mieux t'affermir en ton Authorité,

Montroit de la sagesse et de la pieté.

Mais depuis que tu cours où la fureur te guide,

Que tu te rends cruel , ingrat , et parricide ,

Que tu rodes la nuit, et que tu tiens à jeu

Les tiltres de voleur et ceux de boute feu ;

le te hay comme vn Monstre abismé dans le crime;

Et treuue que ta mort est vn coup légitime.

NERON

Ah ! c'est trop ! qu'on la liure aux bourreaux inhumains.

EPICARIS.

C'est vn œuvre où Néron peut donc mettre les mains.

NERON

Entrainez-la, soldats, viste, et qu'on la déchire.

EPICARIS.

Possible que ton sort quelque iour sera pire.

m6 la mort

NERON

Méchante, on t'apprendra comme il faut discourir.

Tiran, ie t'aprendray que ie sçay bien mourir.

NERON

Qu'on la face mourir du plus cruel suplice.

EPICARIS.

Rien ne doit t'empescher de faire ton office.

NERON

O le Monstre exécrable, et qu'il est endurcy !

SABINE

L'Oncle de son Amant l'instruit sans doute ainsi, Seneque a fabriqué cette haine mortelle, C'est vn grand artisan.

NERON

Qu'il meure aussi bien qu'elle.

SABINE

Puis qu'il ne t'a failly que deux fois seulement, Aten de ses projets quelqu'autre éuenement :

DE SENEQVE. 117

Quoy? ferois-tu si tost par des pensers timides Périr vn si grand Maistre en l'Art des Parricides? Garde bien de choquer ce docte Précepteur : C'est vn homme de bien, c'est vn si bon flateur; N'eust-il que ce Talent il ne faut pas qu'il meure.

NERON

Il flatera la Parque auant qu'il soit vne heure.

Siluanus est passé dans son appartement

Pour luy faire en deux mots mon dernier compliment.

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