ACTE I, SCÈNE VII. lU
LA COMTESSE. Confîatice ! affection !... On avait besoin de vous. La nécessité, ce rude despote qui ne se soucie point de figurants et de vains noms, qui veut des faits et non [)as des apparences, qui cherche partout ie plus grand, le meilleur pour le placer au gouvernail, dùt-elle le prendre parmi la populace, la nécessité vous a mis à votre poste et de sa main a signé vos brevets. Pendant longtemps, aussi longtemps que cela est possible, cette race appelle à son aide les vains efforts de ses artifices, emploie des cœurs d'esclaves. Mais, quand les circonstances extraordinaires s'approchent, quand lesfantômescreuxse montrent impuissants, tout tombe alors dans les puissantes mains de la nature et de ces esprits gigantesques qui n'obéissent qu'à euxmêmes, qui n'acceptent aucune convention et n'agissent que d'après leur propre impulsion et non point d'après celles qu'on veut leur donner.
WALLE>STEiN. 11 cst vrai qu'ils m'ont toujours vu tel que je suis; je ne les ai point trompés dans notre marché, je n'ai jamais pris la peine de leur cacher l'audace de mon caractère.
LA COMTESSE. Bien plus, si vous vous êtes toujours montré terrible, si vous êtes constamment resté fidèle à vous-même, ils ont eu tort, ceux qui vous redoutaient et qui pourtant remettaient le pouvoir entre vos mains.
Le caractère qui est toujours d'accord avec lui-môme ne mérite point de reproche ; il n'a de torts que lors- qu'il se contredit. N'êtes-vous pas le môme qu'il y a . huit ans, lorsque vous parcouriez l'Allemagne avec le fer et le feu, lorsqu'on vous voyait passer comme un fléau à travers toutes les contrées, rire des ordonnances de l'empire, exercer le terrible droit delà force, fouler aux pieds toute domination pour agrandir celle de votre despote? C'était alors qu'il fallait rompre votre altière volonté, et vous rappeler à l'ordre. Mais cette conduite était utile à l'empereur, elle lui plaisait, et il sanctionnait en silence ces actes violents par son sceau
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iirij'érial. Ce qui était juste alors, parce que vous agissiez pour lui, deviendrait-il tout à coup honteux, parce que vous le tournerez contre lui?
WALLENSTEiN, Se lecatit. Je n'ai jamais envisagé la chose sous ce point de vue. — Oui, cela est vrai, tout ce que mon bras a exécuté dans l'empire pour l'empereur était contraire à l'ordre, et ce nîanleau de prince que je porte, jele doisà desservices qui sont des crimes.
LA COMTHSSE. Avoucz douc qu'cutre vous et lui il ne peut plus être question de justice ni de devoir ; songez seulement à la force et à l'occasion! Le moment est venu où vous devez arrêter les grands calculs de votre vie ; les signes célestes vous sont propices, les planètes vous annoncent le succès et vous disent que le temps est venu. Auriez-vous donc on vain pendant toute votre carrière mesuré le cours des étoiles, tracé des cercles et des cadrans, dessiné sur ce mur des zodiaques et des sphères, placé autour de vous les images muettes et mystérieuses des sept dominateurs du destin ? Tout cela ne serait-il qu'un vain jeu? Tous ces apprêts ne vous conduiraient-ils <i aucun résultat? Et n'y aurait-il rien d'efiicace dans cette science, qui ne pourrait vous servir, qui ne pourrait exercer sur vous aucune influence dans un moment décisif?
WALLENSTEIN, pendant ces dernie^^s mots, s*est promené avec agitation, puis il s'arrête tout à coup et interrompt la comtesse. Appelez Wrangel, et que trois courriers soient prêts sur-le-champ.
ILLO. Que Dieu soit loué!
{/Isorf.)
WALLENSTEIN. C'cst son niaiivais génie et le mien. Il se sert de moi pour le punir; de moi, l'instrument de son ambition! Et, quant à moi, il me semble que le fer de la vengeance qui doit percer mon sein est iéjà aiguisé. Celui qui sème les dents du dragon ne peut espérer une heureuse récolte. Chaque mauvaise action porte avec elle un esprit de vengeance, un mauvais es-