ACTE II, SCÈNE II
et à leurs œuvres les idées fantastiques attachées à ces mots imposants. Le monde est étroit et l'esprit est vaste. Les [lenséos habitent facilement l'une près de l'autre, mais les choses se heurtent dans l'espace. Pour que l'une prenne une place, il faut que l'autre se retire. Celui qui ne veut pas être repoussé doit repousser les autres; la lutte domine et le plus fort l'emporte. Oui. celui qui marche sans désirs à travers la vie^ qui ne veut atteindre aucun but, peut vivre pur dans un élément pur et habiter auseindesiliimmes légères, comme la salamandre. La nature m'a fait d'une étoffe plus rude: les désirs m'attachent à la terre; cette terre appartient au rC:hant esprit et non pas au bon. Les biens que les dieux nous envoient d'en haut ne sont que des biens communs à tous les hommes ; leur lumière nous réjouit, mais ne nous enrichit pas, et dans leur domaine on n'acquiertaucune possession. L'oret les pierreries, il faut les arracher aux divinités fausses et perverses qui habitent l'empire souterrain. On ne peut se les rendre favorables que par des sacrifices, et nul mortel ne quitte leur service avec une âme pure.
MAX, avec expression. Oh ! redoute, redoute ces fausses divinités, infidèles à leurs paroles. Ce sont des esprits de mensonge, qui, parleurs artifices, t'entraînent dans l'abîme. Ne te fie pas à elles, je te dis. Oh ! rentre dans la ligne de ton devoir. Oui, certes, tu le peux encore : envoie-moi à Vienne. Oui, laisse-moi, laissemoi faire ta paix avec l'empereur. Il ne te connaît pas ; • mais moi je te connais ; il apprendra à te voir tel qu6 tu es à mes yeux, et te rendra sa confiance.
wALLLNsTEiN. Il cst trop tard. Tu ne sais pas ce qui est arrivé.
MAX. Et s'il est trop tard, et si les choses en sont venues à co point, qu'un crime puisse seul te préserver de la cliuie, oh ! tombe, tombe dignement comme tu as vécu. Abandunne le commandement ; quille le théâtre. Tu le peux avec gloire, que ce soit aussi avec innocence.
148 l.A MOUT DE WALI.ENSTEIN.
Tu as tant vécu pour les autres, vis enfin pour toimême ; \e t'accompagnerai, je ne séparerai pas ma destinée de la tienne !
WALLENSTEiN. Il csl Irop tard ! Pendant que tu perds tes paroles, mes rapides courriers, chargés de mes ordres, voient fuir derrière eux le chemin de Prague el d'Égra. — Mets- toi de mon côté, nous agissons comme nous le devons; marchons avec dignité el d'un pas ferme dans le chemin de la nécessité. En quoi suis-je plus coupable que ce César dont !e nom a jusqu'à présent retenti dans le monde avec tant d'éclat? Il conduisit contre Home les légions que Rome lui avait données pour sa défense. S'il eût quitté le glaive, il était perdu, comme je le serais si je me désarmais. Je sens en moi quelque chose de son génie. Donne-moi sa fortune, je veux faire le reste. {Max, qui jusqu'alors a été aans une vive agitation, s'éloigne rapidement. Wallenstein le regarde avec surprise et reste absorbé dam ses pensées.)