‹ ThéâtreChapitre 109 sur 286 · ACTE U, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE U, SCÈNE

va au fond du théâtre. Max reste longtemps immobile, plongé dans une violente douleur ; il fait un mouvement , et Wallenstein revient se poser devant loi.)

MAX. Mon général, aujourd'hui vous m'affranchissez de la tutelle; car, jusqu'à ce jour, vous m'aviez épargné la peine de me choisir mon chemin et ma direction. Je vous suivais sans réflexion. Je n'avais hesoin que de vous ref^^arder, et j'étais sûr d'être dans la bonne voie. Aujourd'hui, pour la première fois, vous me faites rentrer en moi-même, vous me forcez à choisir entre vous et mon cœur.

WALLENSTEIN. Jusqu'à 06 jour tu as été doucement bercé par le destin, tu pouvais remplir ton devoir en le jouant, satisfaire chacune de tes nobles impulsions, agir toujours avec un cœur sans partage. Maintenant cela ne peut plus être; des chemins opposés s'ouvrent devant toi, les devoirs combattent contre les devoirs. Il te faut prendre un parti dans la guerre qui s'allume à présent entre ton ami et ton empereur.

MAX. La guerre ! est-ce là le nom qu'il faut lui donner? La guerre est terrible comme un fléau de Dieu ; mais comme les (léaux, elle peut être juste et utile. Est-ce une guerre juste que celle que vous vous préparez à faire à l'empereur avec l'armée même de l'empereur? Dieu du ciel ! quel changement ! Me convient-il de vous tenir un tel langage, à vous qui m'êtes toujours apparu comme l'étoile invariable du pôle, comme I \ règle de ma vie? Oh ! comme vous me bouleversez l'3 cœur! faut-il donc que je renonce à attacher à votre nom le sentiment enraciné du respect et la sainte habitude de l'obéissance ? Non, ne détournez pas votre visage de moi; il fut toujours pour moi comme la face de Dieu et ne peut perdre tout à coup sa puissance. Mon âme s'allVanchit par un effort sanglant, mais mes sens sont encore retenus par leurs anciens liens. WALLENSTEIN. Max, écoute-moi.

• MAX. Oh ! n'agis pas ainsi, n'agis pas ainsi. Vois, ta III. 18

noble et pure physionomie n'est pas encore impressionnée par celte fatale résolution. Ton imagination seule en a été souillée ; l'innocence refuse à se laisser chasser de ton front qui respire l'honneur. Rejette celte noire pensée, celte pensée ennemie. Un n)auvais rêve est venu seulement troubler ton austère vertu; l'humanilé est soumise à cesinlluences passagères, mais un noble sentiment doit les surmonter. Non, tu ne finiras pas ainsi; ce serait décrier parmi les hommes les grandes natures et les fticullés puissantes; ce serait donner raison à cette opinion du vulgaire qui ne veut point s'abandonner à ces caractères élevés quand ils ont leur liberté, qui ne se fie à eux que dans leur impuissance.

wALLENSTEiN. Le Hioude me blâmera sévèrement, je m'y attends. Je me suis déjh dit moi-même tout ce que tu peux te dire. Qui n'éviterait pas les partis extrêmes, quand il peut s'en dispenser? Mais ici il n'y a plus à choisir; il faut employer la violence ou la supporter. Voilà où j'en suis, il ne me reste pas une autre alternati^e.

MAX. Eh bien ! soit. Restez à votre poste par la force, résistez h l'empereur, s'il le faut, placez-vous dans un état de rébellion ouverte; je n'approuverai point ce parti, mais je l'excuserai, et tout en le blâmant je m'y associerai. Seulement ne devenez pas traître, le mot est prononcé; ne devenez pas traître, car ceci n'est plus un emportement démesuré, ce n'est plus une faute où îe courage s'égare dans sa force. Non, c'est tout autre chose; c'est une action noire, noire comme l'enfer.

WALLENSTEIN, ovcc uïi visuge sombre, triais en se modérant. La jeunesse a la parole prompte, et ne songe pas que ses discours doivent être maniés avec prudence comme le tranchant du glaive. Elle mesure avec son ardente l'magination les choses qui ne sont pas ds sa juridiction ; elle prononce à la hâte les mots de honte et de dignité, de bien et de mal, et applique aux hommes

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