‹ ThéâtreChapitre 14 sur 286 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

tience j'allais retourner à mon bureau, lorsque j'appris que Friedland faisait recruter de tous côtés.

LE MARÉCHAL DES LOCHS. Et comliien de tcmps comptez- ^ous rester ici ?

PREMIER CHASSEUR. Vous plaisantez. Aussi longtemps qu'il commandera ; sur mon àme^ je ne songe pas à décamper. Où le soldat pourrait-il être mieux? Tout va dans un bon genre militaire; tout a le meilleur air, et l'esprit qui gouverne celte grande armée arrive comme un souffle puissant jusqu'au dernier cavalier. Moi, je marche d'un pas assuré, et je passe hardiment sur le bourgeois, comme mon général sur les princes. Les choses vont ici comme dans l'ancien temps, où le sabre décidait de tout. Résister à un ordre, voilà le seul délit et le seul crime ; tout ce qui n'est pas défendu est permis. On ne demande à personne quelle est sa croyance ; il n'y a que deux choses essentielles, ce qui regarde le service et ce qui ne le regarde pas, et je n'ai de devoir qu'envers le drapeau.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. IMaintcnaut, chasseur, vous me plaisez ; vous parlez comme un brave cavalier de Friedland.

PREMIER CHASSEUR. Ah ! cclui-là n'excrcc pas le commandement comme une charge, comme un pouvoir qui lui u été confié par l'empereur. Peu lui importe le service de l'empereur. El quel avantage a-l-il procuré à , l'empereur? A-t-il employé sa grande armée à défendre . et à proléger le pays ?Non... 11 voulait fonder un empire de soldats, emiDraser et bouleverser le monde, tout enlreprendre et tout subjuguer.

LE TROMPETTE. Silcuce ! Oscz-vous prouoiiccr de telles paroles?

PREMIER CHASSEUR. Cc quc jc pcnsc, je le dis. L:i parole est libre, ditle général.

. LE MARÉCHAL DES LOiiis. 11 l'a dit, je l'ai entendu plus d'une fois, j'étais là l '< La parole est libre, l'acliua

muette, l'obéissance aveugle, c Voilà ses propres expressions.

PREMIER CHASSEUR. Si ce sout là ses expressions, je ne sais ; mais la chose est comme vous la contez.

SECOND CHASSEUR. Le bouheur ne le quitte jamais à la guerre, comme il a coutume de quiller les autres. Tilly survit à sa renommée ; mais, sous la bannière de Frieciland, je suis toujours sûr de la victoire; ilcnsorrelle la fortune, elle reste avec lui : quiconque combat sous ses drapeaux est sous la protection d'une puissance particulière, car le monde entier sait queFriedland a un diable de l'enfer à sa solde.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Oui, il possède uu cbarmc. Cela n'est pas douteux ; car à l'affaire sanglante de Lutzen, il courait çà et là de sang-froid sous le feu des batteries. Son chapeau fut percé par les balles, ses bottes et son buifle furent traversés. On voyait distinctement les traces des balles, mais aucune n'a pu lui égratigner la peau, car elle était garantie par un onguent diabolique.

PREMIER CHASSEUR. Pourquoi voir là dedans un miracle ? Il porte une cuirasse de peau d'élan qu'aucune balle ne peut percer.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Non , c'cst un ongueut fait avec des berbes de sorcier, cuites et bouillies avec des paroles magiques.

LE TROMPETTE. Tout ccla u'cst pas nalurcl.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. On dit qu'il lit dans les étoilea les choses futures, celles qui sont près et celles qui sont loin. Mais moi je sais mieux ce qui en est : un petit homme gris vient souvent le trouver au milieu de la nuit, et passe à travers les portes fermées. Les sentinelles lui ont plus d'une fois crié : Qui vive? et chaque fois que ce petit homme gris a paru, il est arrivé quelque grand événement.

SECOND CHASSEUR. Oui, 11 s'cst donué au diable ; voilà pourquoi nous menons joyeuse vie.

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