ACTE IV, SCÈNE X, 2îl
flottaient, sur ses épaules. Ilraontre le fossé, s'élance le premier, le fait franchir à son noble coursier; le régiment se précipite après lui, mais déjà son cheval avait été blessé; il écume, il s'emporte, il se cabre, il jette au loin son cavalier, et tous les chevaux du régiment, que le frein ne peut plus arrêter, lui passent sur le corps. {Thécla, pendant ces dernières paroles, a laissé voir tous les signes d'une anxiété croissante ; elle est saisie d'un tremblement violent; elle va s'évanouir ; mademoiselle de Ncubrunn accourt et la reçoit dans ses bras.)
MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Ma chère maîlresse !
LE CAPITAINE, ému. Je vais m'éloigner.
THÉCLA. Je suis bien, achevez.
LE CAPITAINE. Un désespoir furieux s'empare des soldats au moment où ils voient tomber leur chef ; aucun d'eux ne songe plus à son propre salut ; ils combattent comme des tigres féroces ; leur résistance opiniâtre anime notre troupe, et le combat ne finit que lorsqu'ils ont tous succombé.
TEÉCLÀ, d'une voix tremblante. El où., , où est-il?.,. Vous ne m'avez pas tout dit.
LE CAPITAINE, après un moment de silence. Ce matin nous avons célébré ses funérailles. Douzes jeunes gens des plus nobles familles portaient le corps, et l'armée entière le suivait. Le cercueil était orné de lauriers, et le rhingrave, lui-même, y avait déposé son glaive victorieux. Les larmes ne lui ont pas manqué, car beaucoup d'entre nous ont éprouvé sa grandeur d'âme et connaissaientla douceur de son caractère. Chacun était touché de son sort. Le rhingrave aurait bien voulu le sauver, mais lui-même a couru à sa perte ; on a dit qu'il voulait mourir.
MADEMOISELLE DE NEUBRIJNN, à Thécla, qui s'est voilê le visage. Ma chère maîtresse ! ma chère maîtresse ! ne fermez pas ainsi les yeux. Oh ! pourquoi avez-vous voulu subir cet entretien?
TûÉOÀ. Où est son tombeau?
<222 l'A MORT DE WALLENSTEIN.
LE CAPITAINE. Il est déposé dans l'église d'un cloître, près de Neiisladt, jusqu'à ce que son père en dispose.
TiiÉCLA. Comment s'appelle ce cloître?
LE CAPITAINE. Sainte-Catherine.
TUÉCLA. Est-il loin d'ici ?
LE CAPITAINE. Ou comptc Sept miUcs.
THÉCLA. Quel chemin prend-on pour y aller?
LE CAPITAINE. On passe par Tirschenreut et Folkenberg, h. travers nos avant-postes.
TiiÉCLA. Qui les commande?
LE CAPITAINE. Le colonel Seckendorf.
TiîÉCLA, s'approche de la table et prend dans sa cassette un anneau. Vous m'avez vue dans ma douleur, et vous m'avez montré un cœur compatissant ; prenez ceci en mémoire de cet instant... Allez.
LE CAPITAINE. Prjncessc! [Tkécla lui fait signe en silence de se retirer et le quitte. Le capitaine hésite et veut parler. Mademoiselle de Ncubrunn répète le signe. Il sort.)