SCÈNE xn
THÉCLA. C'est son esprit qui m'appelle, c'est cette troupe de fidèles soldats qui se sont sacrifiés pour lui et qui m'accusent d'un indigne retard. Ils n^ont pas voulu abandonner dans la mort celui qui pendant sa vie avait été leur chef. Voilà ce qu'ils ont fait, ces cœurs rudes, et moi je pourrais vivre! Non. Cette couronne de lauriers qui ornait son cercueil a été aussi tressée pour moi. Qu'est-ce que la vie sans le flambeau de l'amour? je la rejette, puisqu'elle a peidu toute sa valeur. Oui, lorsque je t'ai trouvé, mon bien-aimé, la vie avait du prix à mes yeux ; un jour nouveau, un jour d'or se levait brillant devant moi. Pendant deux heures j'ai eu un rêve céleste. Lorsque je quittai le cloître, tu étais à l'entrée du monde, il me semblait éclatant de lumière; tu étais là comme un bon ange pour me transporler, des jours innocents de l'enfance, jusqu'au sommet de la vie. Ma première sensation fut une joie céleste, mon premier regard rencontra ton cœur. {Elle tombe dans une profonde rêverie, prds continue avec un sentiment de terreur.) Mais voilà que la destinée arrive ; d'une maio froide et cruelle, elle saisit mon noble ami etlejetle sous le pied meurtrier des chevaux. Tel est sur la terre le sort de tout ce qui est beau.