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ACTE IV, SCÈNE XI. 2SS

moi le seul endroit qui existe sur celte terre. Oh ! ne me retiens pas. Viens et fais tes préparatifs. Pensons aux moyens de fuir.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Mais songez-vous à la colère de votre père?

THÉCLA. Je ne crains plus la colère d'aucun homme.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Et les railleries du monde, et les discours offensants de la médisance?

TiiÉCLA. Je veux chercher celui qui n'est plus. Vais-je donc dans ses bras?... 0 mon Dieu ! je veux seulement descendre dans le caveau de mon bien-aimé.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Et nOUS SCrOUS SCulCS?

sans secours ? Deux faibles femmes !

THÉCLA. Nous prendrons des armes; mon bras te protégera.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Par Cette nuit obscure?

THÉCLA. La nuit nous cachera.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Par ce temps oragcux?

THÉCLA. Était-il bien, lui, sous les pieds des chevaux ?

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. 0 Dicu ! et CCS nombreux postes ennemis I On ne nous laissera pas passer.

THÉCLA. Ce sont des hommes. Le malheur marche librement à travers le monde entier.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Le VOjagC CSt loug.

THÉCLA. Le pèlerin compte-t-il la distance quand il s'en va vers les sanctuaires éloignés ?

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Et commcut sortir de . cette ville?

THÉCLA. L'or nous ouvrira les portes. Va seulement, va.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Et si l'on nous reconnaît?

THÉCLA. Dans cette fugitive désespérée personne ne cherchera la fille de Friedland.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. OÙ Irouverous-nous de» chevaux pour partir ?

THÉCLA. Mon écuyer nous les procurera. Va et appelle-le.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. OscFa-t-il VOUS les donner à l'insu de son maître?

THÉCLA. Oui, va seulement ; ne diffère pas.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Hélas ! et que deviendra votre mère quand vous aurez disparu?

THÉCLA, réfléchissant et regardant devant elle avec douleur. 0 ma mère !

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Elle a déjà tant souffert, cette bonne mère ! doit-elle encore recevoir ce dernier coup?

THÉCLA. Je ne puis lui épargner cette douleur. Va seulement, va.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Pensez bien à ce que vous faites.

THÉCLA. J'ai pensé à tout ce qui devait occuper ma pensée.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Et quand nous serons là, que deviendrons-nous?

THÉCLA. Quand nous serons là, un Dieu inspirera mon âme.

MADEMOISELLE DE NEUBRUNN. Votrc cœur cst maintenant plein d'inquiétude, ma chère maîtresse; ce n'est pas ce chemin qui vous conduira au repos.

THÉCLA. Au repos profond qu'il a trouvé. Oh ! va, hâte-toi, n'ajoute pas un mot. Je ne sais quelle puissance irrésistible m'attire vers son tombeau. Là je serai soulagée pour un instant, les liens de la douleur qui m'oppresse se dénoueront, mes larmes couleront. Oh ! va, nous pourrions être depuis longti*mps en roule. Je ne trouverai point de repos tant que je serai dans ces murs. Il me semble qu'ils vont s'écrouler sur moi; une force inconnue me pousse loin d'ici. Dieu ! quel sentiment j'éprouve ! Toute cette maison est remplie de sombres et pâles fantômes qui ne me laissent aucune

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