‹ ThéâtreChapitre 207 sur 286 · DE L'EMPLOI DU CHOEUR · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DU CHOEUR

d'où il suit quon manque toules les deux. Ainsi, celui que la nature aura doué d'un sens exact, d'une certaine sagacité d'obser-^ation, mais à qui elle aura refusé l'iuiagination créatrice, sera, par exemple, un peintre fîdùle de la réalité et capable de saisir les phénomènes accidentels ; l'esprit de la nature lui échappera. Il nous rendra l'étoffe extérieure, mais son œuvre, n'étant point le libre produit de l'esprit créateur, n'exercera jamais cette action bienfaisante de l'art qui réside en sa liberté même. La disposition dans laquelle nous laissera un tel artiste et un tel poëte pourra bien être sérieuse, mais à coup sûr elle manquera d'agrément, et nous verrons cet art, qui devait être pour nous un objet de délin-ance, nous ramener laborieusement dans le cercle étroit des réalités vulgaires.

Celui Icà, au contraire, qui possède une imagination vive, mais à qui le sentiment et l'observation font défaut, ne se souciei'a aucunement de la réalité, cherchera uniquement à nous surprendre par des combinaisons fantastiques et Ll^arres, et son œuvre, toute apparence et folle écume, après nous avoir un instant divertis, ne laissera dans nos cœurs nulle trace féconde. Disposer à la file et au gré de son caprice des scènes fantastiques, cela ne s'appellera jamais exploiter le domaine de l'idéal, pas plus qu'en imitant servilement la réalité on ne reproduit la nature.

Les deux conditions dont je parle se contredisent si peu l'une l'autre qu'elles ne font, en dernière analyse, qu'une seule et même chose, et que l'art ne saurait atteindre à la vérité qu'en renonçant au réel pour devenir purement idéal. La nature elle-même est une idée de l'esprit qui ne tombe point sous les sens. Elle est au fond des phénomènes et s'y cache, sans se montrer jamais à la surface. A l'art idéal seul, il est permis, ou pour mieux dire, il est donné d'aller saisir cet esprit générateur et de l'incarner dans une forme physique, et cela, non en le portant devant les sens mais en le présentant à l'imagination par la force de sa puissance créatrice, ce qui fait que l'idéal est plus vrai quo la réalité, plus réel que l'expérience. Inutile d'ajouter que

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