‹ ThéâtreChapitre 209 sur 286 · C DK L'EMPLOI DL CHOEUR · texte numérisé non relu

C DK L'EMPLOI DL CHOEUR

InCaillibloment le poète perd ses droits, car la poésie e^ juste à ce point qui marque la séparation de l'idéal et du réel. Mais l'esprit de l'homme est ainsi fait qu'il va toujours du particulier au général, et même dans la tragédie la réflexion doit avoir sa place. Or, cette place, pour la mériter, il faut qu'elle regagne par la manière dont elle se produit ce qui lui manque en vie réelle, car ici les deux éléments de toute poésie, l'idéal et le réel, n'agissent point ensemble, fusionnés; force leur est d'agir à côté l'un de l'autre, sans quoi il n'y aurait plus de poésie. On ne peut rendre son équilibre à une balance qui l'a perdu qu'en imprimant une oscillation à ses deux plateaux.

Tel est précisément l'office du chœur dans la tragédie. Le chœur n'est pas un individu, mais une idée générale, une abstraction représentée aux yeux par une masse importante dont la présence et les groupes imposent aux sens. Le chœur franchit les étroites limites de l'action pour s'étendre sur le passé et l'avenir, sur les temps lointains et sur les peuples, pour faire i"essortir les grands résultais de l'existence et proclamer les enseignements de la sagesse. Ce qu'il fait d'ailleurs dans toute la puissance de l'imagination, dan-s toute la liberté d'allures d'un lyrisme qui mesure à pas olympiens les plus hauts sommets des choses humaines, — et en «'aidant pour accompagner ses accents et ses gestes des ressources du rhythme et de la musique. Le chœur épure donc le poëme tragique en séparantlaréflexion de l'action, et par cette séparation lui communique une force poétique, de même que le peintre, à l'aide d'une riche draperie, change le vêtement, cette nécessité vulgaire, en un attrait, en une beauté de plus.

Mai£ ainsi que le peintre se voit contraint à renforcer la couleur de ses figures pour les maintenir en harmonie avec le ton vigoureux de ses étoffes, ainsi le lyrisme du chœur impose au poëte plus d'élévation dans le style général de son œuvre, d'énergie et de puissance dans l'expression. Le chœur seul peut être pour le poëte tragique l'occasion de celte solennité de langage ^ui remplit l'oreille, tient l'esprit

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