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III

338 LA FJANCEK

demeures impérissables, les choses de la terre onl l'éclat de la vraie vertu, les taches et les défauts de l'humanité sont effacés. Autant les étoiles sont au-dessus de la terre, autant il serait au-dessus de moi. Si une vieille envie nous a séparés pendant le cours de notre existence, quand nous étions égaux et frères, ne rongerait-elle pas sans relâche mon cœur, maintenant qu'il a acquis sur moi l'avantage de l'éternité, et que, sorti des luttes de ce monde, il se perpétuera comme un dieu dans la mémoire des hommes !

ISABELLE. Ne vous ai-jc donc appelés à Messine que pour vous ensevelir tous deux? Je vous ai fait venir ici pourvousréconcilier, et un destin funeste tourne contre moi toutes mes espérances.

DON CÉSAR. Ne te plains pas de ce dénoûment, ma mère ; tout ce qui avait été annoncé est accompli. Nous avons passé par cette porte avec des espérances de paix, nous reposerons paisiblement ensemble et réconciliés pour toujours dans la demeure de la mort.

ISABELLE. Vis, mou flls. Nc laisse point ta mère sans amis sur la terre étrangère, en proie aux railleries des cœurs grossiers, parce que la puissance de ses fils ne la protège plus.

DON CÉSAR. Si le monde froid et cruel te dédaigne, réfugie-toi auprès de notre tombe et invoque le divin pouvoir de tes fils ; car alors nous serons des êtres célestes, nous t'entendrons; et, comme ces astresjumeaux propices a;i navigateur, nous nous approcherons de toi pour te consoler et rendre la force à ton àme.

ISABELLE. Vis, mon fils, vis pour ta mère. Je ne puis me résigner à tout perdre. [Elle l'enlace dans ses bras avec une ardeur passionnée. Il se dégage doucement, lui présente la main et détourne les yeux.)

DON CÉSAR. Adieu.

ISABELLE.' Hélas ! je vois maintenant avec douleur que ta mère n'a aucun pouvoir sur toi. Une autre voix sera-t-elle plus puissante sur ton cœur que la mienne ?

{Elle va vers le fond du théâtre.) Viens, ma fille. Puisqu'un frère mort l'entraîne avec tant de force dans la tombe, peut-être sa sœur chérie pourra-t-elle le rappeler à la clarté du jour avec le prestige des douces espérances de la vie.

BÉATRIX paraît au fond du théâtre. ISABELLE, DON CÉSAR, LE CHOEUR.

DON' CÉSAR, vivement ému à cet aspect, se cache le visage. 0 ma mère, ma mère ! à quoi penses-tu ?

ISABELLE amène sa fille. ïa mère l'a en vain supplié. Implore-le, conjure-le de vivre.

DON CÉSAR. Oh ! artifice maternel ! c'est ainsi que tu m'éprouves! Tu veux encore me livrer à un nouveau combat. Tu veux me rendre la lumière du soleil plus précieuse au moment où je vais partir pour l'éternelle nuit. L'ange gracieux de la vie est là devant moi ; il répand de sa corne d'abondance des fleurs embaumées et des fruits dorés. Mon cœur s'épanouit aux rayons ardents du soleil, et dans mon sein, déjà saisi par lamort, l'espérance se ré\eilie avec l'amour de la vij,

ISABELLE. Conjure-Ic de ne pas nous enlever notre appui. Il l'écoutera, ou n'écoutera personne.

BÉATRIX. La mort de celui qui était aimé exige une victime. Il faut qu'il y en ait une, ma mère ; mais laiS' se-moi être cette victime. J'étais dévouée à la mort avant que d'être née. La malédiction qui poursuit cette maison me réclame, et ma vie est un larcin fait au ciel. C'est moi qui l'ai tué; c'est moi qui ai réveillé la furie assoupie de vos combats. C'est à moi à apaiser ses mânes.

LE CHŒUR. Cajetan. 0 malheureuse mère ! tes enfants courent à l'envi l'un de l'autre à la mort, et te laissent seule, abandonnée, dans une vie solitaire sans joie et sans an.our.

BÉATRIX. jMin frère, conserve ta tête chérie. Vis pour

ta mère, elle a besoin de son fils. Aujourd'hui, pour la première fois, elle a trouvé une fille, elle pourra facilement perdre celle qu'elle n'a jamais possédée.

DOX CÉSAR, avec une profonde douleur. Nous pouvons, ma mère, vivre ou mourir. Il lui suffit à elle de rejoindre celui qu'elle aimait.

BÉATRix. Portes-tu envie à la cendre de ton frère?

DON CÉSAR. Il vit d'une vie heureuse dans ta douleur Moi je serai à tout jamais mort parmi les morts.

BÉATRIX. 0 mon frère !

DON CÉSAR, t'vec l'expression de la plus vive passion. Ma sœur, est-ce sur moi que tu pleures?

BÉATRIX. Vis pour notre mère !

DON CÉSAR 7^ecule. Pour notre mère?

BÉATRIX se penche sur lui. Vis pour elle et console ta sœur!

LE cnoEUR. Bohemund. Elle a vaincu ; il n'a pu résister aux touchantes supplicalions de sa sœur. Mère inconsolable, rouvre ton cœur à l'espérance. Il consent à vivre. Ton fils te reste. [En ce moment, on entend un chant d'église. Les portes du fond s'ouvrent ; on aperçoit le catafalque dressé dans l'église et le cercueil entouré de flambeaux.)

DON CÉSAR, se tournant vers le cercueil. Non, mon frère, je ne veux pas te dérober ta victime. Du fond de ce cercueil, ta voix est plus puissante que les larmes d'une mère et les prières de l'amour. Je presse dans mes bras ce qui pourrait rendre la vie terrestre égale au sort des dieux: mais moi, le meurtrier, pourrais-je être heureux et laisser la pieuse innocence dans le tombeau, non vengée? Non, le juste arbitre de nos jours ne peut permettre un tel partage dans son monde. J'ai vu les larmes qui coulaient aussi pour moi. Mon cœur est satisfait.. Je te suis.

( Il se frappe d'un poignard et tombe mort aux pieds de

sa sœur, qui se jette dans les bras de sa mère.)

LE ciiCEUR. Cajefan, api'ès un profond silence. Je suis

DE MESSl.NE. SU

atterré, et je ne sais si je dois dt^plorcr on Icner son sort. Ce que je sens, ce que je vois clairement, c'est que la vie n'est pas le plus grand des biens, et que le crime est le plus grand des maux.

FIN DE LA FIANCEE CE MSSSIMR.

PERSONNAGES

SERMANN GESSLER. lieutenant de l'empereur è Sch-sits et UA

WF.RXER, baion d'Attinghausen, seigneur bannerit.

ULRICH Dt RLDENZ, son neveu.

WEHNTR STALFrACQER,

CONRAD llf.VX,

ITEL REDIXG,

JEAN ALF DER MALER, / habitants de SchtilU.

JORG DE IIOFE.

LLRICH DE SCiniIDT,

JOST DE \\T.lLF.n,

WALTllER FlUSr,

GUILLAUME TKLL,

ROSSELMANN le curé,

PETERMANN. le sacristain, t habitant; d'Uri.

KUOXl. le berger,

WERXL le chasseur,

RUODl. le pêcheur,

ARNOLD DE MELCIITHAL, \

CONRAD BAUMr.ARTEX, j

MEIFIl DE SARNEX. f

STRLTU DE wlNivELRIED, ) habitant* d'I'nterwsM,

MCOLAS DE FLUE, l

BURKIIARDT DE RUHEL, ]

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