ACTE I, SCÈNE I
« poursuit sans crainte sa route où plane le vertige ; il <( s'avance hardiment sur les champs de glace Là, nul « printemps ne hrille, nul rameau veit n'apparaît. A « ses pieds est un océan de nuages ; il ne reconnaît « plus les cités des hommes, il n'aperçoit le monde « qu'à travers l'ouverture des nuages, et les vertes « campagnes lui apparaissent au-dessous des eaux. {L'aspect du paysage change ; on entend un bruit sourd dans les montagnes, et l'ombre des nuages flotte sur la contrée.)
RUODI, le pêcheur, sort de sa cabane. WERNI, le chasseur, descend des rochers. KUONI, le berger, s'avance, portant un seau de lait sur les épaules, SEPPI, son garçon de ferme, le suit.
RCODi. Hâte-toi, Jenni, tire la barque sur le rivage; la tempête gronde et s'approche de nous, le pic de Milène se couronne de nuages, un vent froid sort en sifflant de la caverne, l'orage éclatera sur nous plus tôt que nous le croyons.
Kl'OM. Voici la pluie, batelier ; mes brebis broutent l'herbe avec avidité, et les chiens grallent la terre.
WEiiNi. Les poissons sautillent, la poule d'eau plonge, l'orage est en route.
EUONi, à son garçon. Regarde, Seppi, si le troupeau n'est pas dispersé.
SEPPI. J'entends la clochette de Lisette la brune.
RUONi. Alors, pas une vache ne nous manque, car celle-là vient la dernière.
RiODi. Berger, vos clochettes ont un beau son.
■\\'ERNi. Et voilà un beau troupeau. Est-il à vous, camarade?
EroNi, Je ne suis pas si riche. Il appartient à mon gracieux seigneur d'Attinghausen, et il m'a été confié.
RL'ODr. Que ce collier va bien au cou de celte vache !
KUONI. Elle sait bien que c'est elle qui conduit le
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troupeau, et si je le lui enlevais, elle cesserait de manger.
RiODi. Y pensez-vous, un animal sans raison...
WERNi. C'est bientôt dit. Les animaux ont aussi leur /aison. Nous le savons, nous autres chasseurs de chamois Quand ih vont paître, ils placent prudemment devant eux une sentinelle qui dresse l'oreille, et les avertit par un cri aigu de l'approche du chasseur.
RUODi, au bey^ger. Retournez-vous maintenant chez vous ?
KUONi. La saison des pâturages sur les Alpes est finie.
WERNi. Je vous souhaite un heureux retour, berger.
KuoNi. Je vous le souhaite aussi. On ne revient pas toujours de vos excursions.
RUODi. Voilà un homme qui accourt en toute hâte.
"WERNi. Je le connais, c'est Baumgarten d'Alzellen.
CONRAD BAUMGARTEN, hors d'haleine. Au nom du ciel, batelier, votre canot.
RUODi. Eh bien ! eh bien ! qu'y a-t-il de si pressé ?
BAUMGARTEN. Détachcz le canot, vous me sauvez la vie. Passez-moi de l'autre côté.
KUOKi. Ami, qu'avez-vous?
WERNi. Qui donc vous poursuit?
BAUMGARTEN. Hâtcz-vous, hâtcz-vous, ils sont déjà sur mes pas. Les cavaliers du gouverneur me poursuivent; je suis un homme mort s'ils me saisissent.
RUODI. Pourquoi ces cavaliers vous poursuivent-ils?
BAUMGARTEN. Sauvcz-moi d'abord, ensuite je vous le dirai.
WERNi. Vous êtes taché de sang; que s'est-il passé î
BAUMGARTEN. Le bailli de l'empereur qui siégeait k Rossberg...
KUONi. Est-ce lui qui vous fait poursuivre ?
BAUMGARTEN. Celui-là uc fera plus de mal, je l'ai tué.
TOUS, reculant. Que Dieu vous fasse grâce ! Qu'avezvous fait?