ACTE 1, SCÈNE I
TELL. Le lac peut s'apaiser, mais non le gouverneur. Tente un effort, batelier.
LE BERGhR e^ LE CHASSEUR. Sauve-le ! sauve-le ! sauvele !
RUODi. Non. Quand ce serait mon frère, mon propre enfant, cela ne se peut. C'est aujourd'hui le j)ur de Saint-Simon et de Saint-Jude, le lac est en fureur et réclame sa victime.
TELL. Les discours ne servent à rien ; le moment presse, il faut secourir cet homme. Dis-moi, batelier, veux-tu le passer?
RUODI. Non, pas moi.
TELL. Eh bien ! donc, à la garde de Dieu ! Donne-moi le canot ; je veux essayer mon faible bras.
KUONi. Ah ! brave Tell !
WERNi. Voilà qui est digne d'un bon chasseur.
BAUMGARTEN. Tcll, VOUS êtcs mon sauvcur, mon ange.
TELL. Je VOUS arracherai à la colère du gouverneur ; mais il faut qu'un autre vous protège contre le danger des flots. Mieux vaut se mettre entre les mains de Dieu qu'entre les mains des hommes. {Auberger.) Ami, vous consolerez ma femme, s'il m'arriveun accident. J'ai fait ce que je ne pouvais me dispenser de faire. (// entre dans le canot.)
KUONi, au pêchevr. Vous êtes un maître pilote ! ce que Tell va faire, vous n'avez pas osé l'essayer.
RUODI. Des gens qui valent mieux que moi n'imiteraient pas Tell. Il n'y a pas deux hommes comme lui ' dans les montagnes.
WERNi, monté sur un rocher. Le voilà parti. Que Dieu te soit en aide, brave batelier ! Voyez comme la barque danse sur les flots.
KUONi, sur le rivage. Les vagues s'élèvent sur le canot... Je ne le vois plus. Mais le voilà qui réparai*. Go hardi pilote lutte avec force contre la lame. " SEPPr. Les cavaliers du gouverneur accourent. m. 30
350 guillai;me tell.
KUONT. Dieu 1 ce sont eux. 11 était temps de le secourir. {Une troupe de cavaliers de Landenberg arrivent.)
PREMIER CAVALiEii. Livrcz le meurtrier que vous avez caché.
LE SECOND. Il a pris ce chemin, vous essayeriez en vain de le nier.
KUONi et RDODi. De qui parlez-vous, cavalier ?
LE PREMIER CAVALIER découvrc la nacells. Ah 1 que voisje Diable !
WERNi, d'en haut. Cherchez- vous celui qui est dans cette barque? Alors courez au galop, vous pourrez encore l'atteindre.
LE SECOND CAVALIER. Malédictiou ! malédiction ! il s'est échappé.
LE PREMIER CAVAiiER, au berger et au pécheur. Vous lui avez prêté secours, vous devez en être punis. Tombez sur leurs troupeaux, démolissez la cabane, tuez et brûlez.
SEPPi, s'enfuyant. 0 mes agneaux !
KUONi le suit. Malheur à moi I Mon troupeau I
■^'ERNî. Les scélérats !
RUODi, Joignant les mains. Justice du ciel ! quand viendra le libérateur de cette contrée ? (// les suit.)