‹ ThéâtreChapitre 23 sur 286 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

PREMIER CHASSEUR. Mes parcnls soiit établis à Wismar,

LE ]\iARÉcnAL DES LOGTS, montrant le trompette. Et toi et moi nous sommes L^^gra. Eh bien ! qui pourrait s'apercevoir que nous avons été chassés cl ballottés ensemble du nord et du sud? Ne paraissons-nous pas tous taillés dans le môme bois ? ne sornmes-nous pas tous serrés contre l'ennemi, comme si nous eussions été forgés et fondus ensemble? Tout s'engrène et s'ajuste à un signe, à une parole comme les rouages d'un moulin. Qui donc nous a fiiçonnés de telle sorte qu'il n'y a plus de différence entre nous? qui donc, si ce n'est Wallenstein?

PREMIER CHASSEUR. De ma vie je n'avais pensé à cela, et j'allais mon chemin sans remarquer comme nous sommes bien arrangés.

PREMIER CUIRASSIER. J'applaudis aux paroles du maréchal des logis. Ces gens-lh voudraient anéantir l'état militaire, terrasser le soldat, pour qu'ils eussent seuls le commandement. C'est un complot, une conjuration.

LA CANTiNiERE. Une coiijuralion ! bonté de Dieu ! Alors ces messieurs ne pourraient plus me payer !

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Assurémcut, 06 serait la banqueroute complète. Beaucoup de commandants et généraux soldent le régiment de leurs propres deniers; ils veulent se faire remarquer et dépensent au delà de leurs moyens, dans l'espoir que cela leur portera bonheur. Si le chef, si le duc vient à tomber, ils en seront pour leur argent.

LA CANTiNiÈRE. Ah! monSauvcurl quelle catastrophe pour moi ! La moitié de l'armée est inscrite sur mon livre de compte. Le cciite Isolani, le mauvais payeur, me doit c \;ore à lui seul deux cents écus.

PREMIEP CUIRASSIER. Quc faire, camarades? Il n'y a qu'un moyen de nous sauver; tant que nous serons unis, on ne pourra nous nuire. Continuons à ne faire qu'un; laissons-les écrire et protocoler, restons fermes plantés en Bohême, ne cédons pas et ne marchons

pas. Le soldat maintenant combat pour son honneur.

SECOND cuASSEUK. Ne nous laissons pas promener ainsi à travers le pays. Qu'ils viennent seulement, et qu'ils voient.

PREMIER ARQUEBUSIER. Chcrs camaradcs, pensez-y sérieusement; c'est la volonté et l'ordre de l'empereur.

LE TROMPETTE. Nous nous soucions bien de l'empereur.

PREMIER ARQUEBUSIER. Ne ditcs pas ccIa une seconde fois.

LE TROMPETTE. C'cst pourtant comme je vous le dis.

PREMIER CHASSEUR. Oui, oui, j'ai toujour^T'utendu dire que c'était àFriedland seul à commander ici.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Cela cst vrai ; c'est là son droit et son contrat. lia pouvoir absolu de faire la guerre et de conclure la paix. Il peut confisquer argent et domaines, faire pendre ou faire grâce, nommer les officiers et les colonels ; bref, il a les privilèges souverains, il les tient de la main même de l'empereur.

PREMIER ARQUEBUSIER. Le duc est saus doute paissant et intelligent ; mais, après tout, il n'est comme nous qu'un sujet de l'empereur.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Non pas commc nous tous; vous n'y entendez rien. Il est prince libre et immédiat de rem[)ire, aussi bien que le Bavarois. N'ai-je pas vu moimCme, quand j^étais de garde à Brandéis, comme l'empereur lui permettait de se couvrir devant lui en sa qualité de prince?

PREMIER ARQUEBUSIER. Oui, h causc du pays de Mecklembourg que l'empereur lui a donné en gage.

PREMIER CHASSEUR, au moréchal des logis. Comment ! en présence de l'empereur? Voilà qui est pourtant singulier.

LE MARÉCHAL DES LOGIS, fouillant dans sapoc/ie. Si vous ne voulez pas vous en rapporter à ma parole, je vais vous faire toucher la chose au doigt. {Il prend une pièce de

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