‹ ThéâtreChapitre 24 sur 286 · SCÈNE XI. *f · texte numérisé non relu

SCÈNE XI. *f

monnaie.) Qu'est-ce que c'est que celte empreinte et cette inscription?

LA CAXTiNiÉRE. Mouticz. Ail ! c'cst uo wallenstein.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Eli bien ! voilà ! Que voulezvous de plus?X'est-il pas prince aussi bien qu'un autre? Ne bat-il pas monnaie comme Ferdinand? X'a-t-ii pas des sujets et un État? Ne s'appelle-t-il pas Altesse? Il peut donc bien avoir des soldais.

PREMIER ARQUEBUSIER. Personne ne vous conteste cela; mais nous, nous sommes au service de l'empereur; el qui nous paye? c'est l'empereur !

LE TROMPETTE. Pour ccla, voycz-vous, je vous le nie en face. Celui qui ne nous paye pas, c'est l'empereur. Depuis dix mois, ne nous promet-on pas toujours inutilement notre solde?

PREMIER ARQUEBUSIER. AUcz ! elle csl entre bonnes m.iins.

PREMIER CUIRASSIER. Paix ! camaradcs. Voulez-vous finir par vous battre? Faut-il donc se çuereller et se disputer pour savoir si l'empereur est notre maître? C'est justement parce que nous sommes ses braves cavaliers, que nous ne voulons pas être lrail6s comme son troupeau. Nous ne voulons pas nous laisser conduire par la prélraille. Dites-le vous-mêmes; n'est-il pas de l'avantage du maître d'avoir des soldats qui sachent se conduire? Qu'est-ce qui fait de lui un souverain puissant? c'est son armée. C'est par son armée aussi qu'il agit au loin et exerce l'ascendant dans la chrélienté. Que d'autres reçoivent ses grâces, se rassemblent dans ses salons dorés et dînent à sa table- Pour nous, nous ne retirons de sa gloire et de son éclat que des fatigues et des chagrins ; mais nous tenons à l'honneur.

SECOND cnAS>t:uR. Tous les grands tyrans et empereurs .3 savaient el étaient plus s.iges. Ils ne craignaient pas d'humilier et de tourmenter loul h; monde; mais ils ménageaient avec soin le soldat.

PREMIER CUIRASSIER. Il faut c[ue le soldat sache se juger

n LE CAMP Dh WALI.ENMEIN.

lui-même. Celui qui ne se conduit pas noblement et fièrement ferait mieux de quitter le métier. Si je risque gaiement ma vie, c'est qu'il y a quelque chose que j'aime mieux ; sinon, il faudrait se laisser égorger comme un Croate, et je me mépiiserais.

LES DEUX CHASSELRS. Oui, l'hoiîneur vaut mieux que la vie.

PREMIER CUIRASSIER. L'épéc n'cst ni une bêche ni une charrue. Vouloir s'en servir pour labourer, ce serait folie. Nul épi, nul grain ne mûrit pour nous. Le soldat n'a point de patrie; il erre à l'aventure sur la surface de la terre, il ne peut se réchauffer à son propre foyer. Il faut qu'il voie de loin, en passant, la splendeur des villes, la joie des villages, les vertes prairies, les vendanges et les moissons. Dites-moi, si le soldat ne s'honorait pas lui-même, quelle valeur et quel bien auraitil? Il faut qu'il ait quelque chose à soi; autrement il ne serait qu'un meurtrier et un incendiaire.

PREMIER ARQUEBUSIER. Dicu le Sait, c'cst une misérable vie.

PREMIER CUIRASSIER. Je ne la donnerais cependant pas pour une autre. Voyez, j'ai bien parcouru le monde, j'ai tout essayé, j'ai servi la monarchie espagnole, et la république de Venise, et le royaume de Naples; mais nulle part la fortune ne me fut favorable. J'ai vu le marchand et le noble, le manœuvre et le jésuite, et nul vêtement au monde ne m'a autant plu que ma cuirasse de fer.

PREMIER ARQUEBUSIER. Nou, moi, je nc puis pas en dire autant.

PREMIER CUIRASSIER. Quiconquc veut faire son chemin dans le monde doit se donner du mouvement et de la peine. S'il veut s'élever aux honneurs et aux dignités, il faut qu'il se courbe sous un fardeau doré; s'il veut jouir du bonheur de la famille, vivre au milieu de ses enfants et de ses petits-enûinls, qu'il exerce en paix un honnête métier. Moi, je n'ai nul goût pour une telle

Page 1