ACTE I, SlÈiNE IV
reur, c'est le juge suprême. Il faut donc avoir recours à l'aide de Dieu et de noire bras... Sondez les gens de Schwitz ; je veux rassembler des amis dans Uri... Qui enverrons-nous à Unterwald?
MELCHTHAL. Envoycz-moi. .. A qui impurle-l-il plus de...
W.4LTIIER FURST. Je ne peux y consentir; vous êtes mon hôte, et je dois veiller à votre sûreté.
MELCHTHAL. Laisscz-moi partir, je connais les sentiers et les passages des rochers ; je trouverai assez d'amis qui me donneront un asile et me déroberont à ceux qui me poursuivraient,
STALFFACHER. Laisscz-le aller à la garde de Dieu. Làbas il n'y a point de traîtres ; la tyrannie est si abhorrée, qu'elle ne trouve aucun instrument... Baumgarten, de son côté, nous aidera à soulever le pays et à recruter des auxiliaires.
MELCHTHAL. Comment nous donnerons-nous des nouvelles certaines sans éveiller les soupçons des tyrans ?
STAUFFACHER, Nous pourrions nous rassembler à Brunnen, ou à Treib, où abordent les barques des marchands.
■WALTHER FURST. Nous ne pouvons conduire cette entreprise si ouvertement. Écoutez mon avis : à gauche du lac en allant à Brunnen, vis-à-vis Mytenstein, il y a dans les bois une prairie que les bergers nomment Rutli, parce que là les arbres ont été enlevés. C'est là la limite de notre canton et du vôtre (à Mdchthal), et dans un court moment {àStauffache?'), un léger canot peut vous amener de Schwitz dans ce lieu. Nous pouvons nous rendre là par des sentiers déserts, pendant la nuit, et délibérer en sûreté. Que chacun de nous y conduise dix hommes en qui nous ayons contiance, et qui soient à nous de cœur. Nous parlerons en commun de l'intérêt général, et avec l'aide de Dieu nous prendrons une résolution.
168 GUIIAAUMI-; TELL.
STAUFFACHER. Maintenant, donnez-moi votre main droite, et vous aussi la vôtre, et de môme que nous sommes là nous trois à nous tendre la main loyalement et sans fausseté, nos trois cantons resteront unis et se soutiendront à la vie et à la mort.
WALTiiERFURST et MELCHTHAL. A la vic cl à la mort ! {Ih se tiennent quelques instants la main en silence.)
MELCHTHAL. Mon vieux père aveugle, tu ne verras plus le jour de la liberté, mais tu l'entendras retentir. Quand les signaux de feu passeront d'une Alpe à l'autre, et que les forteresse des tyrans tomberont, alors le Suisse ira dans ta demeure te porter la joyeuse nouvelle, et la lumière brillera dans ta nuit. {Ils se séparent.)