ACTE II, SCÈNE I
trésor de ta dignité. Être chef d'un peuple libre qui ne se consacre à loi que par amour, qui te suit fidèlement au combat et-à la mort, voilà ce qui doit être ton orgueil et la gloire. Resserre fortement les liens que t'a donnés ta naissance, rattache-toi à la patrie, à ta chère patrie, livre-lui ton cœur tout entier. Ici sont les profondes racines de ta force; là, seul dans un monde étranger, tu ne serais qu'un faible roseau que chaque tempête briserait. Oh! viens, il y a longtemps que tu ne nous as vus ; essaye de passer seulement un jour avec nous, fie va pas aujourd'hui à Altdorf... Entendstu? pas aujourd'hui : accorde cette seule journée aux tiens. {Il lui prend la main.)
RUDENZ. J'ai donné ma parole... Laissez-moi, je suis engagé.
ATTiNGHAUSEN, quittant sa main et d'un ton gi^ave. Tu es engagé! Oui, malheureux, lu l'es, mais ce n'est ni par parole ni par serments; lu es lié par les liens de l'amour. {liudenz se détourne.) Cache-toi tant que tu voudras. C'est une femme, c'est Berlhe de Bruneck, qui t'attire chez le gouverneur, qui t'enchaîne au service de l'empereur. Pour conquérir cette femme, tu veux trahir ton pays. Ne t'y trompe pas, pour te séduire, on te la montre comme une épouse, mais elle n'est point réservée à tes vœux innocents.
RUDENZ. J'en ai assez entendu. Adieu.
(// sort.) ATTINGHAUSEN. Arrête, jcunc insensé !... Il s'éloigne... . Je ne puis le retenir, je ne puis le sauver. C'est ainsi que Wolf«Mi>chiess'^ii a abandonné la cause de son pays. D'autre> le suivront; la séduction étrangère agit avec force sur nos montagnes et entraîne la jeunesse. — 0 jour fatal, où l'étranger vint dans ces vallées heureuses et paisibles corrompre la pieuse innocence de nos mœurs! La nouveauté pénètre ici avec violence; les anciennes, les vénérables coutumes disparaissent, d'autres temps viennent, et d'autres pensées occupent