ACTE II, SCÈNE II
STAUFFACHER s'ttvance dans le cercle. Nous ne formons point de nouvelle alliance ; c'est l'antique union du temps de nos pères que nous consacrons de nouveau. . Vous le savez, confédérés, quoique le lac et les montagnes nous séparent et que chaque peuple se gouverne à part, nous sommes pourtant d'une même race, d'un même sang, et nous n'avons tous qu'une même patrie.
wiNKELRiED. Aiusi cc quc disent nos anciennes chansons serait donc vrai, et nous serions venus ici d'une terre lointaine? Oh ! apprenez-nous ce que vous en savez, afin que l'ancienne alliance fortifie la nouvelle.
STAUFFACHER. Écoulcz cc quc racouteut les vieux bergers. Dans les contrées du nord, il y avait un grand peuple chez lequel il arriva une cruelle disette. Dans cet état de misère, il fut décidé qu'un dixième de la population, désigné par le sort, quitterait le pays. Cela fut fait ainsi. Une troupe nombreuse d'hommes et de femmes s'en alla en pleurant vers le sud, et s'ouvrit avec l'épée un chemin à travers l'Allemagne, jusqu'à ce qu'elle arrivât dans ces forêts et ces montagnes. Celte troupe marcha sans se lasser et descendit dans la vallée sauvage oii la Muotla coule entre des prairies. Là on ne voyait aucune trace humaine; une seule cabane s'élevait sur le rivage solitaire ; elle était habitée par un homme qui attendait les voyageurs pour les passer dans sa barque. Le lac était orageux et l'on ne pouvait le traverser. En regardant la contrée de plus près, ils y découvrirent de belles et riches forêts, des sources limpides, et ils crurent se trouver dans leur chère patrie. Ils résolurent de rester là ; ils bâtirent le vieux bourg de Schwilz, et passèrent bien des jours d'un rude travail à enlever les racines étendues de la forêt ; puis, lorsque le sol ne fut plus suffisant pour la population nombreuse, ils s'étendirent jusqu'aux montagnes noires et jusqu'à la contrée où un autre peuple, caché derrière les glaciers éternels, parle une autre langue. Ils bâtirent le bourg de Slanz dans le
Sernwale, le bourg d'Altdorf dans la vallée de la Reuss. tlependant ils gardèrent toujours le souvenir de leur origine, el, parmi les hommes de race étrangère qui iont venus s'établir au milieu de leur contrée, ceux de Schwitz se reconnaissent par le sang et par le cœur. {// étend la main à di^oite et à gauche.)
MAUER. Oui, nous avons tous le même cœur et le môme sang.
TOUS, se tendant la main. Nous sommes un même peuple et nous agirons de concert.
STAUFFACHER. Les autres peuples portent le joug étranger ; ils sont soumis à leurs vainqueurs. Il y a même dans notre pays beaucoup d'hommes assujettis à des devoirs étrangers et qui lèguent leur servitude à leurs enfants. Mais nous, véritable race des anciens Suisses, nous avons toujours gardé notre liberté, notre genou n'a pas fléchi devant les princes, et c'est de notre plein gré que nous avons choisi la protection de l'empereur.
LE CURÉ. Oui, c'est de notre plein gré que nous avons choisi l'appui et la protection de l'empereur. Cela est spécifié dans la lettre de l'empereur Frédéric.
STAUFFACHER. Oui, l'homme le plus libre n'est pourtant pas sans maître ; il faut avoir un chef, un juge suprême auquel on ait recours en cas de contestation. Voili pourquoi nos pères rendirent hommage à l'empereur pour le sol qu'ils avaient conquis sur la terre sauvage, à l'empereur qui porte le titre de maître de l'Allemagne et de l'Italie ; et, comme tous les autres honmies libres de son empire, ils s'engagèrent envers lui au noble service des armes ; car l'unique devoir des hommes libres, c'est de piotcger l'empire qui les protège.
MELCUTHAL. Toulc obligation en sus est un signe de servitude.
STAUFFACHER. Lorsquc l'arrière-ban marchait, nos ancêtres suivaient l'étendard de l'empire el combat-