ACTE II, SCÈNE II
Werni, le chasseur, Ruodi, le pêcheur et cinq autres arrivent. L'assemblée est composée de trente-trois personnes. Tous s'avancent et se penchent autour du feu.
WALTHER FURST. il faut (lonc que nous nous cachions dans notre propre héritage, sur notre sol paternel ; il faut donc nous glisser à la dérobée comme des meurtriers; il faut que nous venions au milieu de la nuit, dont les ombres ne servent à cacher que le crime et les conjurations coupables; il faut que nous venions là défendre notre bon droit, qui est aussi clair, aussi évident que la lumière du jour !
âiELCHTiiAL. Qu'importe? ce qui aura été délibéré dans la profondeur de la nuit obscure paraîtra librement et heureusement à la lumière du soleil.
ROSSELMANN. Amis et confédérés, écoutez ce que Dieu me met dans le cœur. Nous tenons ici la place d'une assemblée générale, nous pouvons agir au nom de tout un peuple; suivons donc les anciens usages du pays, tels que nous les suivions dans des temps paisibles. Ce qui serait illégal dans cette réunion, la force des circonstances le légitimera. Riais Dieu est partout où l'on exerce la justice, et nous sommes sous la voûte du ciel.
STAUFFACiiER. Eh bien ! suivons les anciens usages. D est nuit, mais nos droits sont parfaitement clairs.
MELCHTHAL. Si l'assembléc n'est pas en nombre complet, le cœur de tout le peuple est ici, et les meilleurs citoyens sont présents.
CONRAD HUNN. Nous n'avons pas les anciens livres, mais ils sont écrits dans nos cœurs.
LE CURÉ. Formons donc à l'instant le cercle, et qu'on y plante des épées, signe du pouvoir.
MATJER. Le landamman va prendre sa place, et sei assesseurs se tiendront à ses côtés.
siGRiST. Il y a ici trois peuples : à qui appartient .e droit de donner un chef à l'assemblée ?
MEiER. Que Schwilz et Uri se disputent cet honneur;
nous autres gens d'Unterwald, nous y renonçons librement.
MELCiiTHAL. Nous y renonçous, car nous venons en suppliants demander le secours de nos puissants amis.
STAUFFAciitR. Quc la terre d'Uri prenne donc l'épée ! Sa bannière marcbe devant nous dans les expéditions de l'empire.
WALTHERFLRST. Celhouneur doit appartenir à Schwitz, c'est la tige dont nous nous glorifions tous de descendre.
LE CURÉ. Laissez-moi terminer à l'amiable ce généreux débat. Scbwitz aura la prérogative dans les conseils, Uri dans les batailles.
"WALTHER FURST présente l'épée à Stauffacher. Prenez donc.
STAUFFACHER. Nou pas moi ; cet bonncur appartient au plus âgé.
HOFE. C'est Ulrich Schmidt qui compte le plus d'années.
MAUER. C'est un brave homme, mais il n'est pas de condition libre. A Schwitz, nul ne peut être juge s'il n'est franc propriétaire.
STAUFFACHER. N'avous-nous pas ici Reding, l'ancien landamman ? Pouvons-nous en chercber un plus digne?
"WALTHER FURST. Qu'il soit le landamman et le chef de cette assemblée. Que celui qui y consent lève la main. {Tous lèvent la main droite.)
REDING s'avance au milieu d'eux. Je ne puis poser la main sur les livres sacrés; mais je jure par les astres éternels que je ne m'écarterai jamais de la justice. {On pose deuxépées devant lui; le cercle se forme autour de lui; Schwitz est au milieu, Uin à droite, Unterwald à gauche. Reding s'appuie sur son épée.) Quelle raison a pu porter les trois peuples des montagnes à se rassembler sur le triste rivage de ce lac au milieu de la nuit ? Quel doit être le but de cette nouvelle alliance que nous allons conclure sous la voûte du ciel ?