‹ ThéâtreChapitre 25 sur 286 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

vie. Je veux vivre et mourir libre, ne piller personne, n'hériter de personne, et du haut de mon cheval regarder avec dédain cette racaille.

PREMIER CHASSEUR. Bravo ! voilà justement comme je suis.

PREMIER ARQUEBUSIER, vramieut! c'est assez agréable de marcher ainsi sur la tète des autres.

PREMIER CUIRASSIER. Camarades, les temps sont durs, l'épée n'e>t plus dans la balance; mais personne ne peut me blâmer d'avoir choisi l'épée. Je veux bien foire la guerre hun)ainement, mais non pas laisser prendre ma peau pour un tambour.

PREMIER ARQUEBUSIER. SI Ic bourgcois cst malheureux, à qui la faule, si ce n'est à nous autres soldats? La guerre, la misère, les vexations durent déjà depuis seize ans.

PREMIER CUIRASSIER. Frère, tout le monde ne rend pas en môme temps grâces au bon Dieu qui est là-baut. Les uns demandent du soleil qui fait lort aux autres. Celuici veut de la sécheresse, celui-là de la pluie. Là où tu ne vois que fléaux et misères, je trouve les beaux jours de ma vie. Nous vivons aux dépens du bourgeois et du paysan; en vérité, j'en suis fâché pour eux, mais je n'y puis rien changer. Voyez, il en est de ceci comme d'une charge de cavalerie. Les chevaux sont lancés au galop, tombe qui voudra au milieu du chemin, que ce soit mon frère ou mon fils chéri; quand ses gémisse- ' menls me déchireraient le cœur, il faut que je lui passe * sur le corps; je ne puis le porter doucement à l'écart.

PREMIER CHASSEUR. Sans doutc; est-ce qu'on s'occupe des autres?

PREMIER CUIRASSIER. Et puisquc le bonheur sourit au soldat, saisissons-le à deux mains, on ne nous laissera pas loiiglemps agir ainsi. Un beau matin, viendra la paix qui mettra hn à tout cela. Le soldat débri(Ie."a, le paysan alleilei'a, et, avant qu'on ait le temps d'y sone;er, les choses auront repris leur ancien couis, .Nous

sommes encore rassemblés ici, et nous avons l'instrument à la main; ne nous laissons pas disperser, car alors on nous tiendra les morceaux de pain plus haut.

PREMIER CHASSEUR. Non, il ne faut pas que cela nous arrive janinis. Venez, restons fermes et unis.

SECOND CHASSEUR. Oui, prcuons un parti. Écoutez.

PREMIER ARQUEBUSIER, tirant 1(716 boursc de cuir et parlant à la cantinicre. Ma commère, qu'est-ce que je dois?

LA CANTiNiÈRE. Ah ! cc u'cst pas la peine d'en parler. {Ils comptent.)

LE TROMPETTE. Vous faites bien de vous en aller; vous troublez notre société.

[Les arquebusiers s'éloignent.)

PREMIER CUIRASSIER. C'pht dommage ; ce sont, du reste, de braves gens.

PREMIER CHASSEUR. Mais Ça raisonuc comme un épicier.

SECOND CHASSEUR. A présent que nous sommes entre nous, voyons comment nous renverserons le nouveau complot.

LE TROMPETTE. Comment? nous ne marcherons pas.

PREMIER CUIRASSIER. Camarades, rien contre la discipline. Que chacun retourne à son corps et raconte la chose à ses camarades, de façon à ce qu'ils la voient et la comprennent. Nous ne devons pas aller si loin. Je réponds de mes Wallons; chacun d'eux pense comme moi.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Lcs régiments de Terzky à pied et à cheval sont dans les mêmes dispositions.

SECOND CUIRASSIER. Le Lombard ne se sépare pas du Wallon.

PREMiEâ CHASSEUR. La liberté est l'élément du chasseur.

SECOND CHASSEUR. La liberté n'existe qu'avec la force. Je veux vivre etmourir pour Wallenstein.

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