ACTE V, SCÈ.NE I
LE TAILLEUR DE PIERRE. Les forleresses sont prises.
RUODi. Et nous, habitants d'Ui'i, nous souffrons encore ce château des tyrans sur notre sol ! Serons-nous les derniers à nous déclarer libres!
LE TAILLEUR DE PIERRE. Faut-il laisser subsister ce moyen d'opprrssion? Allons, renversez-le.
TOUS. A bas ! à bas ! à bas !
RUODI. Où est la trompe d'Uri?
LA TROMPE d'uri. Me voici ; que faut-il faire?
RUODi. Allez sur la hauteur et sonnez de votre trompe. Que ce bruit éclatant résonne au loin dans les cavernes, éveille l'écho de chaque grotte de granit, et convoque à la hâte les hommes des montagnes ! [La trompe d' Uri s'en va. Walilier Furst arrive.)
WALTHER FURST. Arrêtez, amis, arrêtez! nous ignorons encore ce qui s'est passé à Unlerwald et à Scbwitz. Attendons un message.
RUODi. Pourquoi attendre? Le tyran est mort, le jour delà liberté s'est levé.
LE TAILLEUR DE PIERRE. Et CCS fcUX allumés SUr tOutcS
les montagnes qui nous environnent ne sont-ils pas un message suffisant?
RUODI. Venez, venez, mettez la main à l'œuvre. Hommes et femmes, brisez ces échafaudages; faites tomber les voûtes, renversez les murailles. Qu'il n'en reste pas pierre sur pierre !
LE TAILLEUR DE PIERRE. Ycuez, compaguons; nous avons bâti cet édifice, nous saurons le détruire.
TOUS. Renversons-le! [Ils se précipitent de tous côtés sur le château.)
WALTUER FURST. Les voilà en action; je ne puis plus les retenir. [Entrent Melchthal et Baumgarten.)
MELCUTHAL. Quoi! cclte forteresse subsiste encore, tandis que Sarnen est en cendres et que Rossberg est détruit?
WALTUER FURST. Est-ce VOUS, !\Ielchthal? Nous appor
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lez-vous la liberté? Dites, le pays est-il délivré de ses ennemis?
MELCHTHAL l'embrassB. Notre sol est libre. Réjouissezvous, noble vieillard; au moment où je vous parle, il n'}' a plus de tyran sur la terre de Suisse.
WALTHER FURST. Oh! ditcs, Comment vous êtes-vous emparés de la forteresse?
MELCUTEiAL. C'est Rudcnz qui, avec une mà'e audace, s'est rendu maître du cliàleau de Sarnen. La nuit précédente, moi, j'étais monté au Rossberg. Mais écoutez ce qui est arrivé. Nous avions déjà chassé les ennemis du château, et nous venions dallumer avec joie un incendie dont la flamme s'élançait vers le ciel, lorsque Diethelm, le valet de Gessler, accourt et s'écrie que la dame de Bruneck est la proie du feu.
WALTHER FURST. JustcDieu! {0)1 entend les échafaudages s'écrouler.)
MELCHTHAL. C'était elle-même; elle avait été enfermée secrètement dans ce château par ordre du gouverneur. Rudenz s'élance avec rage, car nous entendions déjà les poutres et les portes massives qui s'écroulaient, et les cris de détresse de la malheureuse perçaient à travers la fumée.
WALTHER FURST. Est-cUc Sauvéc?
MELCHTOAL. Il fallait de la résolution et de la promptitude. Si Rudenz n'eût été qu'un gentilhomme, nous aurions pris garde à notre vie; mais c'était notre allié, et Berlhe honorait le peuple. Ainsi nous avons bravement risqué notre vie, et nous nous sommes précipités dans le feu.
WALTHER FURST. Est-clle sauvéc?
MELCHTHAL. Oul, elle l'cst. Rudeuz et moi nous l'avons emportée du milieu des flammes, tandis que les poutres craquaient et se brisaient derrière nous. Et lorsqu'elle s'est vue sauvée et qu'elle a ouvert les yeux à la lumière du ciel, le baron s'est jeté dans mes bras; j'ai reçu en silence le serment d'une alliance qui, après