ACTE V, SCÈNE I
avoir subi l'arJeur du feu, résistera à toutes les épreuves du destin.
WALTUER FURST. Où cst Laudenberg?
MELCHTHAL. Dans les montagnes de Brunig. S'il jouit - encore de la lumière, celui qui a rendu mon père aveugle, cela n'a pas dépendu de moi. J'ai couru à sa poursuite, je l'ai atteint, je l'ai traîné aux pieds de mon père. Déjà mon épée s'était levée sur sa tête, il a imploré la miséricorde du vieillard aveugle et elle lui a sauvé la vie. Mais il a juré de s'exiler du paj's et de n'y jamais revenir. Il tiendra son serment, car il a senti la force de notre bras.
WALTHEK FURST. C'cst bien à vous de n'avoir pas souillé de sang cette noble victoire.
DES ENFANTS accourent SUT la scène avec les débris de l'échafaudage. Liberté ! liberté ! {La trompe d' Cri résonne avec force.)
WALTHER FURST. Voycz quelle fête! Ces enfants, lorsqu'ils seront devenus vieux, s'en souviendi'ont encore. [Des jeunes filles portent le chapeau sur une perche. Le peuple envahit le théâtre.)
RUODi. Voici le chapeau devant lequel nous devions nous courber.
BAUMGARTEN. Eh bien, dites, qu'en faut-il faire.
WALTHER FURST. Dicu ! c'est SOUS cc chapeau qu'était mon petit-fîls.
PLUSIEURS VOIX. Détruisez ce monument de la tyrannie. Jetez-le au feu.
WALTHER FURST. Nou ; laissez-le subsister.il devait * servir d'instrument à la tyrannie ; qu'il soit le signe de la liberté ! [Les paysans, hommes, femmes, enfants, sont assis ou debout sur les débris des échafaudages et forment des groupes pittoresques.)
MELCHTHAL. Vous voilà joycuscment debout sur les débris de la tyrannie. Confédérés, ce que nous avons juré au Rulli est noblement accompli.
, WALTHER FURST. L'entrepris€ est commencée, mais
438 GUILLAU.ME TELL.
non pas achevée. Il nous faut encore du courage et une union assurée; car, soyez-en sûr, Je roi ne tanlera pas à vouloir venger la mort de son bailli, et à i amener de force ce que nous avons chassé.
MELcniHAL. Qu'il vienne avec son armée! Nous qui avons chassé l'ennemi intérieur, nous ne craignons pas de renconlrer celui du dehors.
RUODi. Pour entrer dans ce pays, il n'y a qu'un petit nombre de passages. Nous y ferons une barrière de nos corps.
BAUMGARTEN. Nous sommcs unis par un lien éternel, et ses troupes ne nous etfrayeront pas. [Le curé et Stauffacher viennent.)
LE CURÉ. Les jugements du ciel sont terribles.
LES PAYSANS. Qu'y a-t-il?
LE CURÉ. Dans quel temps nous vivons !
WALTHiiR FURST. Parlez! qu'est-ce donc? Ah! vous voici, Werner; quelle nouvelle nous appoitez-vous?
LES PAYSANS. Qu'y a-t-il?
LE CURÉ. Écoutez et restez confondus.
STAUFFACHER. Nous sonimcs délivrés d'une grande crainte.
LE CURÉ. L'empereur a été assassiné.
WALTiiER FURST. Uieu de miséricorde! {Les habitants se pressent en tumulte autour de Stauffacher.)
TOUS. Assassiné! Quoi! l'empereur! Ecoutez! l'empereur !
MELCHTn.\L. Gela n'est pas possible. D'où vous vient cette nouvelle?
STAUFFACHER. Cela cst Certain. L'empereur Albert est tombé, près de Briick, sous les coups d'un assas.'-in. Un homme digne de foi, Jean MûUer, a apporté cette nouvelle de Schaffhouse.
WALTHER FURST. Qui a osé Commettre cette horrible action ?
STAUFFACHER. Le nom de l'assassin le rend plus horrible encore. C'est son neveu, le fils de son frère,