SCÈNE II
Le vestibule de la maison de Tell. Le feu est allumé dans le foyer. La porte d'entrée est ouverte.
HEDWIGE, WALTHER et GUILLAUME.
HEDWiGE. Votre père revient à vous, mes enfants, mes chers enfants, il vit, il est libre, et nou.s sommes tous libres. C'est votre père qui a délivré le pays.
ACTK V, SCÈNE H. 443
WALTHER. Et moi aussi, manière, j'ai pris part à tout cela, et mon nom sera prononcé. Ma vie était exposée à la flèche de mon père, et je n'ai pas tremblé.
HEDWiGE l'embrasse. Oui, tu m'as été rendu. Deux fois le ciel t'a donné à moi, deux fois, j'ai souffert pour loi les douleurs de l'enfantement. A présent, c'en est fait, je vous possède tous deux, tous deux et aujourd'hui votre père chéri revient. [Un moine parait à la porte.)
GUILLAUME. Voyez, ma mère, voyez : voilà un bon religieux qui vient sans doute demander une aumône.
HEDWiGE. Faites-le entrer pour que nous lui donnions quelque chose, et il verra qu'il est venu dans une maison heureuse. [Elle entre et revient aussitôt avec un vase.)
GUILLAUME, au moine. Venez, brave homme, ma mère veut vous donner de quoi vous rafraîchir.
WALTHER. Venez vous reposer, et vous sortirez d'ici avec de nouvelles forces.
LE MOINE, avec un regard effrayé et des traits décomposés. Où suis-je? Dans quelle contrée, dites-moi?
WALTHER. Etes-vous égaré? Vous ne savez dans quel pays vous êtes? Eh bien! vous êtes à Burglen, dans le canton d'Uri, sur la route de la vallée de Schachen.
LE MOINE, à Hedwige qui revient. Etes-vous seule? Votre mari est-il à la maison.
HEDWIGE. Je l'attends au moment même. Mais qu'avezvous? Votre visage ne me semble pas d'un heureux augure. Qui que vous soyez, vous êtes dans le besoin, prenez. [Elle lui présente le vase.)
LE MOINE. Quoique mon cœur et mes lèvres soient altérés, je ne toucherai rien que vous ne m'ayez dit...
DEDWiGE. Ne touchez pas à mes vêtements, ne m'approchez pas. Restez à distance si vous voulez que je vous écoute.
LE MOINE. Par ce feu qui brille dans votre demeure hospitalière, par vos enfants chéris que j'embrasse... [U prend ses enfants.)
HEDWIGE. Étranger, quelle est vot^e pensée? Eloignezvous de mes enfants. Yous n'êtes pas un religieux, non vous ne l'êtes pas. Cet habit est un symbole de paix, et la paix ne respire point sur votre visage.
LE MOINE Je suis le plus malheureux des hommes.
HEDWiGE. La voix des malheureux pénètre l'âme, mais vos regards m'ôtent tout élan.
WALTHER s élance. Ma mère, voici mon père. (// court dehors.)
HEDW'iGE. 0 mon Dieu! [Elle veut courir dehors.^ puis elle tremble et s'arrête.)
GUILLAUME sorl. Mou père!
WALTUER, dehors. Te voilà de retour?
GUILLAUME, dchors. Mon père! mon cher père!
TELL, dehors. Me voilà revenu. Où est votre mère? [Ils entrent.)
WALTHER. Elle est là sur la porte, et ne peut avancer. Elle tremble de peur et de joie.
TELL. 0 Hedwige, Hedwige, mère de mes enfants, Dieu nous a secourus! Nul tyran ne peut désormais nous séparer.
HEDWIGE se jette dans ses bras. 0 Tell, Tell, quelle angoisse ai-je soufferte pour toi! {Le moine devient attentif.)
TELL. Oublie-la maintenant, et ne vis plus que pour la joie. Me voilà revenu ; voici ma demeure. Je me retrouve au milieu des miens.
GUILLAUME. Où est ton arbalète, mon père? je ne la vois pas.
TELL. Tu ne la verras plus; elle est déposée dans un lieu saint; je ne la porterai plus à la chasse.
HEDWIGE. 0 Tell, 0 Tell! [File recule et abandonne sa main.)
TELL. Qui t'effraye encore, ma chère femme?
HEDWIGE. Quoi!... quoi! te voilà revenu... cette main... je puis encore la presser... celte main... ô Dieu !