‹ ThéâtreChapitre 3 sur 286 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

de la dép.'orable guerre de Trente ans. Laissez encore une fois rimagination du poëte ramener devant vous ces temps funestes. Regardez d'un œil plus joyeux le présent et le lointain avenir rictie en espérances. Le poëte vous place maintenant au milieu de cette guerre. Seize années de dévastation, de pillage, de misère, se sont écoulées ; le monde est encore dans le trouljle et laffliction, et nul espoir de paix ne se laisse voir dans le lointain. L'empire est une arène de combats. Les villes sont désertes, Magdebourg est en ruines. L'industrie et le commerce sont anéantis; le citoyen n'est rien, les soldats sont tout. L'impudence sans frein se rit de la mox'ale, et des hordes grossières et dénaturées par une longue guerre campent sur le sol dévasté. Sur ce fond obscur se détache l'entreprise d'une présomption téméraire et d'un caractère audacieux. Vous le connaissez, ce créateur d'une armée hardie, cette idole du camp, ce fléau des royaumes, l'appui et la terreur de son empereur, enfant aventureux de la fortune, qui, porté et favorisé par les circonstances, atteignit rapidement le plus haut degré de la gloire, et qui, dans son cœur insatiable, s'efTorçant toujours d'aller plus haut, tomoa victime de son indomptable ambition. Lu proie à la haine et à la fureur des partis, son caractère se présente d'une manière incertaine dans l'histoire. L'art, en dépeignant sa nature humaine, doit maintenant le rapprocher de votre cœur et de vos yeux ; car l'art, qui limite et enchaîne tout, doit ramener toutes les apparences à la nature. Il voit l'homme dans le tourbillon de la vie, et rapporte aux astres funestes la plus grande partie de ses fautes. Ce n'est pas cet homme cependant qui paraîtra aujourd'hui sur ce théâtre; mais une ombre de son miage vous apparaîtra dans ces troupes hardies que ses ordres gouvernent, que son esprit anime, en attendant que la muse craintive ose vous le présenter sous sa forme vivante. Ce fut sa puissauce qui corrompit son cœur ; le tableau de son camp explique son crime.

Pardonnez donc au poëte s'il ne vous conduit pas tout d'un coup d'un pas rapide au dénoûment de l'action, s'il se

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