‹ ThéâtreChapitre 37 sur 286 · ACTE 1, SCft.NK IV · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCft.NK IV

payer de sa personne. Le général a besoin de irrandos choses, laissez-le donc vivre dans sa grande sphore. C'est l'oracle de son cœur, la p:'.roIe vivante qu'il consulte, et non pas li lettre morte, les vieilles ordonnances elles papiers poudreux,

ocTAvio. Mon fîls, permettez-nous, à nous autres vieillards, de ne pas ravaler les ordonnances sévères. Elles ont une valeur inestimable ; elles soumettent à leur joug l'impétueuse volonté de l'homme ; car l'arbitraire fut toujours redoutable, et le chemin île l'ordre, même lorsqu'il se courbe et se replie, n'égare jamais. La foudre, le boulet suivent en droite ligne leur chemin terrible. Ils vont, sans se détourner, ravager et détruire; mais, mon fils, le chemin que l'homme doit prendre, le sentier où marche le bonheur, ce chemin suit le cours des fleuves et les libres détours de la vallée ; il serpente le long des champs et des coteaux de vignes. Il respecte la borne des propriétés, et arrive plus tard, mais sûrement, au but.

QUESTENBERG. Oh ! écoutez votre père ; écoutez-le, lui qui est tout à la fois un homme et un héros.

OCTAVIO. C'est l'enfant des camps qui parle par ta bouche, mon fils. Tu as été élevé au milieu d'une guerre de quinze années ; jamais tu n'as vu la paix. Il y a pourtant, mon fils, quelque chose de meilleur que la guerre, et la guerre elle-même n'est qu'un moyen d'arriver à un autre but. Les grandes, les rapides actions de la force, les miracles étonnants du moment^ n'enfantent pas un bonheur réel, paisible, durable. Le soldat construit vivement et à la hâte ses villes de toile légère ; le bruit et l'agitation y régnent un instant ; des marchés y sont ouverts ; des fleuves et des routes y apportent leurs denrées ; le commerce les anime ; mais, un matin, on voit tout à coup les tentes tomber; la horde passe plus loin; le champ qu'elle a foulé aux pieds reste nu et silencieux comme un cimetière, et c'en est fait de la récolte de l'année.

54 LES PiCCOLOMlNI.

MAX. Oh ! que l'empereur fasse la paix, mon père, et je donne avec joie les lauriers sanglants pour la première violette qui viendra avec le printemps parfumer les sentiers de la terre rajeunie.

ocTAVio. Que se passe-t-il en toi ? Quelle émotion te saisit tout à coup ?

MAX. Je n'ai jamais vu la paix !... Oh ! oui, mon père, je viens de la voir. Ma route m'a conduit à travers des contrées où la guerre n'a pas encore passé. 0 mon père ! la vie a des charmes que je n'avais jamais connus. Nous n'avons vu que les rives désertes de cette vie si belle, pareils à une troupe errante de pirates qui, dans les lambris sombres et étroits de leur navire, s'égarent, avec des mœurs sauvages, à travers les flots sauvages, et ne connaissent de la vaste terre que les baies où ils se livrent au brigandage. Les trésors que la terre recèle dans des vallées mystérieuses ne nous sont jamais apparus dans nos courses farouches.

OCTAVIO devient attentif. Et ce voyage t'a offert un tel spectacle I

MAX. C'était le premier loisir de ma vie. Dites-moi, quel sera le but et la récompense du labeur pénible qui me dérobe ma jeunesse, qui laisse mon cœur vide et inquiet, qui ne donne à mon esprit aucun ornement et aucune culture ? Car, dans ce tumulte confus des camps, dans ce hennissement des chevaux, dans ces fanfares de la trompette, dans cette monotone régularité desheures de service, de l'exercice et du commandement, il n'y a rien qui puisse satisfaire un cœur altéré de jouissances. L'âme n'est pour rien dans ces arides occupations. — Il y a un autre bonheur et d'autres joies.

OCTAVIO. Mon fils, tu as appris beaucoup dans ton court voyage.

MAX. Oh ! le beau jour que celui où le soldat est entin rendu à la vie, à l'humanité, où les drapeaux se déploient dans une marche joyeuse, où le doux chant de la paix guide les troupes dans leur patrie 1 alors

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