ACTE I, SCÈM' IV. 5S
les rasques elles armures sont ornés de rameaux voris, dernier larcin fait aux champs. Les portes des villes s'ouvrent d'elles-mêmes, il n'est plus besoin d'employer l'artillerie pour les faire sauler. L'enceinle des remparts est couverte d'une foule d'hommes paisibles dont les acclamations joyeuses s'élèvent dans l'air. Du haut des cathédrales, les cloches annoncent dans leurs légères vibrations la fin des jours sanglants; une foule heureuse se précipite hors des villes et des villages, et retarde par l'empressement de son amour la marche de l'armée. Le vieillard, réjoui de voir encore un pareil moment, serre la main de son fils qui rentre sous le toit domestique. Celui-ci s^avance comme un étranger sur son domaine longtemps abandonné, et l'arbre qui se pliait autrefois sous sa main le couvre à présent de ses larges rameaux; et la jeune fille, qui vient au-devant de lui en rougissant, il l'avait laissée dans les bras de sa nourrice. Oh! heureux celui qui peut alors être enlacé dans les bras ouverts pour lui avec tendresse !
QUESTENBERG, ému. Oh! pourquoi faut-il que vous parliez d'un temps éloigné, hélas ! trop éloigné, et non pas de ce qu'on voit aujourd'hui, de ce qu'on verra demain.
MAX, se retournant vers lui avec vivacité. Eh ! qui en est coupable, si ce n'est vous autres fonctionnaires de Vienne? Je vous l'avouerai franchement, Qucstenberg; en vous apercevant ici, j'ai senti dans mon cœur un violent mécontentement. C'est vous qui mettez obstacle à la paix, oui, vous; c'est le guerrier qui doit l'obtenir par la force. Vous rendez la vie pénible au prince; vous entravez toutes ses démarches, vous Je noircissez. Pourquoi? parce que le bien-être de l'Europe entière lui tient plus à cœur que quelques arpents de terre que l'Autriche aura de plus ou de moins. Vous le traitez comme un rebelle, et Dieu sait ce que vous méditez encore, parce qu'il ménage les Saxons, el parce
b6 LES PICCOLOMINI
qu'il cherche à gagner la confiance de l'ennemi. C'est pointant là l'unique moyen d'obtenir la paix; gar, si la guerre se pour.mit sans relâche, comment auronsnous la paix? Allez! allez! de même que j'aime le bien, de même je vous hais, et je promets ici de verser pour lui, pour ce Wallenstein, jusqu'à la dernière goutte de mon sang, avant que vous puissiez vous réjouir de sa chute.
(// sort.)