‹ ThéâtreChapitre 43 sur 286 · ACTE II. SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE IL

LA DUCHESSE. Votre volonté, vous le savez, a toujours été la mienne.

WALLENSTEiN, oj57rs wn ???omm^ de sHeuce. Bieiï ! Et du reste, comment avez-vous été reçue à la cour? {La duchesse baisse les yeux et se tait.) Ne me cachez rien. Comment cela s'est-il passé?

LA DUCHESSE. 0 mon époux! ce n'est plus comme autrefois ; il est arrivé un changement.

■WALLENSTEiN. Quoi ! nc VOUS a-t-on pas témoigné ia même considération.

LA DuciiESSE. Oui, la considération.. J'ai été reçue avec apparat et cérémonie; mais la confiance, l'abandon ont été remplacés par des formes solennelles. Hélas ! et les tendres ménagements que l'on employait envers moi ressemblaient plus k la pitié qu'à la faveur. Non, l'épouse du duc Albert, la noble fille du comte Harrach n'aurait pas dû être reçue ainsi.

WALLENSTEiN. On Critiquait sans doute ma conduite récente.

LA DUCHESSE. Oh! quc ne l'a-t-on fait! Je suis habituée depuis longtemps à vous justifier, à persuader, à apaiser les esprits irrités. Non, personne ne vous a critiqué. On s'est renfermé dans un silence cérémonieux et pesant. Hélas ! ce n'est plus cette fois un maientendu ordinaire, une susceptibilité passagère; — il s'est passé quelque chose de fatal, d'irréparable. Jadis la reine de Hongrie avait coutume de m'appeler sa chère cousine, de m'embrasser en me quittant.

WALLEKSTEiN. Et ccttc fois cllc uc l'a pas fait?

LA DUCHESSE, cssuyaut ses laïques, après un moment de silence. Elle m'a embrassée. Mais pour la première fois seulement lorsque j'ai pris congé; puis, lorsque j'allais vers la porte, elle a couru à moi, comme en se ravisant, et m'a pressée sur son sein, mais avec une éniotion plus trisie que tendre.

VALLEKSTEiN, lui prenant la main. Remettez-vous...

60 Li:S PICCOLOMINI.

Et comment avez-vous trouvé Eggenberg, Lichlenslnin et nos anciens amis?

LA DUCHESSE, sccoucint la tête. Je n'en ai vu aucun.

WALLENSTEiN. El l'ambassacleur espagnol, qui avait coutume de parler pour moi avec tant de chaleur?

LA DUCHESSE. Il u'avait plus un mot pour vous.

WALLENSTEiN. Aiusi Ic solcil uc brille plus pour nous, il faut briller de notre propre lumière.

LA DUCHESSE. Serait-il vrai, cher duc, serait-il vrai que ce que l'on murmure à voix basse à la cour se raconte ici haulement... Quelques mots du père Lamormain...

WALLENSTEIN, vivement. Lamormain! que dit-il?

LA DUCHESSE. On VOUS accuse d'outre-passer avec audace le pouvoir qui vous est confié, de mépriser les ordres suprêmes de l'empereur. Les Espagnols, l'orgueilleux duc de Bavière, se plaignent hautement de vous ; — un orage se rassemble sur votre tôle, plus terrible que celui qui vous frappa à Ratisbonne. On parle, dit-il... Ah ! je ne puis répéter...

WALLENSTEIN, impatient. Eh bien?

LA DUCHESSE. Une seconde... {Elle s'arrête.)

WALLENSTEIN. Une sccondc?

LA DUCHESSE. El plus injuricuse disgrâce.

WALLENSTEIN. Dit-on ccla? [Il se pi'omcne avec agi' tation.) Oh! ils veulent m'y forcer; ils m'y poussent violemment contre mon gré.

LA DUCHESSE, d'une voix humble et suppliante. 0 mon époux! s'il en est temps encore... si, par votre condescendance, voire soumission, vous pouvez en détourner le coup, soumettez-vous, surmontez l'orgueil de votre cœur ; c'"^^! à votre maître, à votre emi)ereur que vous cédez. Ne laissez pas plus longtemps la perversité noircir vos nobles desseins par des insinuations envenimées et odieuses. Levez-vous avec le pouvoir victorieux de la vérité pour confondre la calomnie et le mensonge ! Nous avons si ueu de vrais amis, vous le savez. Noire

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