ACTE 11, SCÈNE Vil. H
core. On vit alors dans des batailles sagement ordoanées la fermeté résister à l'audace, et la prudence habile fatiguer la bravoure. Eu vain essayait- on de l'attirer au combat, il se fortifiait de plus en plus dans son camp, comme s'il eût voulu y fonder à jamais sa demeure. Ce roi, désespéré, veut enfin entraîner à un assaut sanglant ses soldats, que la fjiim et la contagion décimaient lentement dans son camp plein de cadavres. Jusqu'alors irrésistible dans sa marche, il veut s'ouvrir par la violence un chemin au milieu de ces retranchements, du haut desquels mille bombes lancent la mort. Alors éclata une audace et une résistance telles qu'on n'en avait jamais vu. Enfin le roi ramène son armée taillée en pièces, et ce terrible sacrifice d'hommes ne lui a pas fait gagner un pouce de terrain.
WALLENSTEiN. Dispenscz-vous de nous rapporter en st} le de gazette ce que nous avons vu nous-mêmes avec horreur.
QUESTENBERG. Ma missiou, mon devoir est de blâmer; mais mon cœur s'attarde volontiers à la louange. Le roi de Suède laissa sa gloire dans les champs de Nuremberg, et sa vie dans les plaines de Lutzen. Qui ne fui pas alors surpris de voir, après cette grande journée, le duc de Friedland s'enfuir en Bohême comme s'il avait été vaincu, abandonner le théâtre de la guerre, tandis que le jeune héros de Weimar s'avançait sans obstacle dans la Franconie, s'ouvrait un chemin jusqu'au Danube, et paraissait tout à coup devant Ratisbunne, au giand effroi des fidèles catholiques? Soudain, le digne ] rince de Bavière nous demande un prompt secoure dans sa détresse. L'empereur envoie successivement sept messagers au duc de Friedland, I3 prie, le conjure, quand il pouvait le commander en maître; mais en vain; le duc ne veut écouter en ce moment que sa vieille haine, sa rancune. Il sacifie le bien pub'ic au plaisir de se venger d'un ancien ennemi, et Raii; :)nne succombe î
72 LF.S PlCCOLOMlNI.
WALLENSTEIN. De quel temps parle-t-on, Max? je ne m'en souviens plus.
MAX. II parle du temps où nous étions en Silésie.
WALLENSTEIN. Ah ! oui, oul ! Et qu'avions-nous à faire là?
MAX. Nous allions battre les Suédois et les Saxons.
WALLENSTEIN. Bien : la description me fait oublier les événements. (A Questenberg .) Continuez.
QUESTENBERG. Pcut-ôtre allait-on regagner sur l'Oder ce qu'on venait de perdre honteusement sur le Danube. Chacun espérait voir éclater des faits merveilleux sur ce nouveau théâtre de la guerre, où Friedland en personne, Friedland, le rival de Gustave, se trouvait en face d'un Thurn et d'un Arnheim. En effet, ils se sont approchés l'un de l'autre, mais comme amis, et pour se rendre mutuellement les devoirs de l'hospitalité. L'Allemagne gémissait sous le poids de la guerre, mais la paix régnait dans le camp de Wallenstein.
WALLENSTEIN. (Ju jcunc général qui a besoin d'une victoire livre souvent sans motif mainte bataille sanglante. L'avantage d'un général éprouvé, c'est qu'il n'est pas obligé de combattre pour montrer au monde l'aride vaincre. A quoi m'aurait servi d'exercer l'ascendant de ma fortune sur un Arnheim ! ma modération devenait bien plus utile à l'Allemagne, si je réussissais à rompre l'alliance funeste des Saxons et des Suédois.
QUESTENBERG. Mais vous n'y êtes point parvenu, et cette guerre sanglante recommença de nouveau. Ici enfin le prince justifia son ancienne réputation. Une armée suédoise fut obligée de déposer les armes dans les champs de Steinau, sans coup férir. Et cette fois la jusiice (lu ciel livrait aux mains de la vengeance Mathias de Thurn, celui qui avait allumé de sa main maudite les brandons de cette guerre; mais il tomba au pouvoir d'un homme généreux; au lieu d'être puni.