‹ ThéâtreChapitre 53 sur 286 · ACIE II, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACIE II, SCÈNE VU

il fut récompensé : le prince renvoya, comblé de ses dons, l'ennemi mortel de son empereur.

WALLESSTEiN, souinont. Je sais, je sais qu'à Vienne on a\aildéjà loué d'avance des fenêtres et des balcons pour le voir passer sur la fatale charrette. — J'aurais pu honteusement perdre la bataille, mais les gens de Vienne ne me pardonnent pas de les avoir privés de ce spectacle.

QUESTENBERG. La Silésic était délivrée, et tout appelait le duc dans la Bavière, soumise à une cruelle oppression. Il se met réellement en marche, et traverse doucement la Bohême par la route la plus longue. Puis tout à coup, et avant d'avoir vu l'ennemi, il revient à la hâte, prend ses quartiers d'hiver, et opprmie les terres de l'empereur avec l'armée de l'empereur.

WALLENSTEiN. L'armée était à faire pitié, elle endurait tous les besoins, toutes les privations; puis l'hiver approcliait. Quelle idée Sa Majest''' se fait-elle donc de ses troupes? Ne sommes-nous pas des hommes soumis, conmie tous les mortels, à l'influence du froid, de la pluie et à la souffrance? Damné sort du soldat ! Partout où. il se présente, on fuit devant lui ; dès qu'il s'éloiyne, on le maudit. Il faut qu'il prenne tout de force; on ne lui donne rien, et, forcé de dépouiller chacun, il est pour chacun un objet d'horreur. Voici mes généraux; Caraffa, comte Déodati, Bultler, dites lui depuis combien de temps la solde n'a pas été payée aux troupes.

BUTTLER. Nous ue l'avons pas reçue depuis un an. WALLEiNSTEiN. Il faut pourtant que le soldat reçoive sa solde : c'est de là que lui vient son nom.

QUESTENBERG. Cc u'cst pas là le langage que le prince de Friedland faisait entendre il y a huit ou neuf ans.

WALLENSTEIN. Oui, je Ic sais, c'est mafauie; j'ai moiniôme gâté l'empereur. Il y a neuf ans, à l'époque de la guerre de Danemark, je lui donnai une armée de m.

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quarante ou cinquante mille hommes sans qu'il lui en coûtât un denier. — La furie de la guerre se déchaîna sur les cercles de la Saxe, et porta jusqu'au bord du Belt la terreur du nom de l'empereur. Alors c'était le bon temps ; dans tous les Etats de l'empereur, il n'y avait pas un nom aussi vanté, aussi honoié que le mien. Albert de Wallonstein était le troisième diamant de la couronne impériale. Mais à la diète des Princes, à Ratisbonne, tout cela cessa. Là, on vit clairement dans quelle bourse j'avais puisé. Quelle fut ma récompense pour avoir, en fidèle serviteur de l'empire, attiré sur moi la malédiction des peuples, et fait payer aux princes les frais d'une guerre qui n'agrandissait que l'empereur? Je fus sacrifié à leurs plaintes, je fus disgracié.

QUESTENBERG. Votre Excellence sait combien l'empereur eut peu de liberté dans cette malheureuse diète.

WALLENSTEiN. Mort et malédictiou 1 j'avais, moi, ce qu'il fallait pour lui procurer la liberté. Non, monsieur, depuis quej'ai été si mal récompensé de servir le trône aux dépens de l'empire, j'ai appris à avoir une autre opinion de l'empire. Je liens, il est vrai, ce bâton de commandement de l'empereur; mais je l'emploie, comme général de l'empire, pour le bien, pour le salut de tous, et non plus pour l'agrandissement d'un seul. — Mais au fait, que demande-t-on de moi ?

QUESTENBERG. D'abord Sa Majesté veut que l'armée quitte sans délai la Bohême.

WALLENSTEiN. Daus ccttc saison?Et de quel côté veuton que nous nous dirigions?

QCESTENBERG. Du côté dc l'ennemi. Car Sa ^lajestô veut que Ratisbonne soit purgée d'ennemis avant les fêtes de Pâques, que le sermon luthérien ne retentisse pas plus longtemps sous la voûte des cathédrales, et que les abominations de l'hérésie ne profanent pas la sainteté des fêtes.

WALLENSTEiM. Gànài!»u\i cela cst-ll possible ?

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