‹ ThéâtreChapitre 56 sur 286 · ILLO, TERZKY · texte numérisé non relu

ILLO, TERZKY

TERZEY. Eh bien ! dites-moi, que voulez-vous faire ce soir au banquet avec les commandants?

ILLO. Écoutez. Nous rédigeons un acte par lequel nous nous engageons conjointement à rester attachés au duc à la vie, à la mort, et à verser pour lui jusqu'à la dernière goutte de notre sang, sauf pourtant le serment de fidélité que nous avons prêté à l'empereur. Remarquez que celte clause sera expressément réservée pour l'acquit de nos consciences. Maintenant, voyez-vous, l'écrit ainsi conçu sera présenté à tout le monde avant le repas, et ne pourra choquer personne. Suivez-moi bien, après le repas, quand les vapeurs du vin troubleront les yeux et les esprits, on leur présentera un autre contrat dépourvu de cette clause, et ils signeront.

TERZK.Y. Comment pensez-vous qu'ils se croiront liés par un serment que nous leur aurons surpris par supercherie?

iLLO. Nous les tiendrons toujours; ils pourront tant qu'ils le voudront crier contre cette tromperie; à la cour, on ajoutera plus de foi à leurs signatures qu'à leurs protestations ardentes ; et si une fois ils passent pour traîtres, il faudra bien qu'ils le deviennent; et c'est ainsi qu'ils feront de nécessité vertu.

ACTK m, SCÈNE I. 79

TERZKr. Eh bien ! cela me plaît. Que le coup réussisse, et nous pourrons enfin aller de l'avant.

iLLO. Et puis, ce qui nous importe surtout, ce n'est pas tant de réussir auprès des généraux que de persuader au maître qu'ils sont k lui. Qu'il agisse seulement avec résolution comme s'ils lui appartenaient, ils lui appartiendront, et il les entraînera avec lui.

TERZKY. Souvent je ne sais plus oij j'en suis avec lui. Il prête l'oreille à l'ennemi, il me fait écrire à Thurn, à Arnheim; il ne se contient plus au sujet de Sésine, il me parle des heures entières de ses projets ; je crois alors le tenir, puis tout à coup il m'échappe. 11 me semble qu'il n'a plus d'autre désir que de rester en place.

iLLO. Lui, renoncer à ses anciens projets ! Je vous disque, soit qu'il veille ou soit qu'il dorme, il n'est pas occupé d'une autre pensée, et que chaque jour il interroge là-dessus les astres.

TERZKY. Oui, vous savcz quc, dans la nuit qui va venir, il doit se renfermer avec le docteur dans la tour astronomique, etobserver avec lui ; car ce doit être, à ce que j'entends, une nuit importante, et il doit se passer au ciel de grandes choses attendues depuis longtemps.

ILLO. Si seulement il en était de même ici-bas ! Les généraux sont à présent pleins de zèle, et feront tout pour ne pas perdre leur chef. Voyez ; l'occasion est là devant nous ; nous formons une alliance étroite contre la cour pour lui garderie commandement. Le prétexte ' est innocent, il est vrai ; mais vous le savez, dans la * chaleur de l'action on perd bientôt de vue son point de départ. Je pense que si le prince les trouve bien disposés, disposés à une entreprise audacieuse, l'occasion le séduira. Une fois qu'il aura fait le grand pas, que Vienne ne pourra lui pardonner, la force des événements l'entraînera de plus en plus. Ce qu'il y a de difficile pour lui, c'est de se décider. Dès que le moment presse, il reprend sa vigueur et son habileté.

80 LES l'ICCOLOMINI.

TERZKY, C'est là aussi ce que les ennemis nllendent pour nous amener une armée.

ïLLO. Venez, il faut conduire demain les choses plus loin que nous ne l'avons fait pendant des années entières; et si tout va ici-bas, croyez que les astres favorables ne tarderont pas à se montrer. Venez près des commandants, battons le fer pendant qu'il est chaud.

TERZKY. Allez, Illo. Moij j'attends ici la comtesse lerzky. Tenez pour certain que nous ne serons pas oisifs. Si une corde casse, nous en avons une autre toute prête.

ILLO. Oui, j'ai vu la comtesse sourire finement. Qu'y a-t-il?

TERZKY. C'est un secret. Chut! elle vient. [Illo sort.)

Page 1