SCÈNE IIL LA COMTESSE TERZKY, MAX PICCOLOMINL
MAX, regardant d\in air timide. Madame, oserai-je?... (// s'avance jusqu'au milieu de la chambre, et regarde autour de lui avec inquiétude .) Elle n'est pas là ; où estelle?
LA COMTESSE. Cherchez bien; voyez derrière le paravent, peut-êlre y est-elle cachée?
MAX. Voici ses gants. {Il veut les prendre, la comtesse, l'en empêche.) Méchante tante ! vous me refuseriez !... /ous prenez plaisir à me tourmenter.
LA COMTESSE. C'cst là Ic remcrcîment de mes soins?
MAX. Oh ! comprenez mes inquiétudes. Depuis que nous sommes ici, être ainsi retenu, ne pas hasarder un mot, un regard... Je ne puis me faire à cela.
LA COMTESSE. Il faudra bien vous hahiluerà d'autres rigueurs, mon bel ami. Je dois mettre à l'épreuve votre docilité; c'est à cette condition seulement que je puis ra'e mêler de tout cela.
8i 1.ES PICCOLOMINI.
MAX. Mais OÙ est-elle ? pourquoi ne vient-elle pas?
LA COMTESSE. Il faut que vous remettiez toute cette affaire entre mes mains. Et qui pourrait avoir de meilleures intentions que moi à votre t'gard? Aucun homme, pas même votre père, ne doit savoir...
MAX. Cette recommandation n'est pas nécessaire. Il n'y a pas ici une physionomie qui réponde à ce qui se passe dans mon âme ravie. — Oh ! tante Terzky, sontils donc ici tous changés, ou le suis-je moi seul? Je me vois au milieu d'eux comme parmi des étrangers; je ne retrouve plus aucune trace de mes anciens désirs ni de mes anciennes joies. Qu'est-ce que tout cela est devenu ? Autrefois, pourtant, j'aimais assez ce monde ; mais comme à présent tout m'y paraît vide et vulgaire ! Mes compagnons me sont insupportables, je ne trouve plus rien à dire à mon père lui-même; le service, les armes, tout m'importune. J'éprouve ce qu'éprouverait une âme bienheureuse qui, du séjour des joies éternelles, reviendrait à ses jeux et à ses préoccupations puériles, à ses penchants, à ses liaisons, et à toute celte pauvre humanité.
LA COMTESSE. Je VOUS prie pourtant de jeter encore quelques regards sur ce monde vulgaire, où il se passe juste à l'heure qu'il est beaucoup de choses importantes.
MAX. Il se passe quelque chose autour de moi ; je le vois à ce mouvement, à cette activité inaccoutumée. Quand tout sera fini, je le saurai sans doute. Où croyez-vous, comtesse, quej'aie été? Ne me raillez point ; le tumulte des camps, cette foule importune de gens de connaissance, ces fades plaisanteries, ces vaines conversations, m'oppressaient ; je me sentais à l'étroit ; j'ai cherché le silence pour mon cœur qui déborde et un asile pour mon bonheur. Ne riez pas, comtesse, j'étais à l'église. II y a près d'ici un cloître; je me suis approché du sanctuaire, et je me suis trouvé seul. Au-dessus de l'autel est une image de la Vierge, un mauvais tableau;