ACTE 111, SCENE IV
MAX. Oh! ce matin, lorsque je vous ai vue au milieu des vôtres, dans les bras de votre père, et que je me suis senti étranger dans ce cercle, quel violent désir j'ai énrouvé de me jeter à son cou, de le nommer mon père! Mais son regard sévère imposait silence aux sensations vives et ardentes, et ces diamants qui vous entouraient comme une couronne d'étoiles m'ell'rayaient. Oh! pourquoi, en vous recevant, votre père semblaitil tracer autour de vous un cercle magique? Pourquoi parer l'ange comme une victime, et imposer à votre cœur riant le triste fardeau de voire rang? L'amour ose bien parler à l'amour, mais un roi seul aurait osé s'approcher de vous dans celte splendeur.
THÉCLA. Ne parlons plus de ce travestissement. Vous voyez comme je me suis hâtée d'en rejeter le poids, (A la comtesse.) 11 paraît soucieux. Pourquoi donc, chère tante? Est-ce vous qui l'avez affligé? 11 était tout autre pendant le voyage. Il avait tant de calmée, tant de sérénité. C'est ainsi que je voudrais toujours le voir et jamais autrement.
MAX. Vous vous trouvez dans les bras d'un père, dans un monde nouveau qui vous rend son hommage, et vos yeux sont éblouis, ne fût-ce que par la nouveauté de ce spectacle.
THÉCLA. Oui, je l'avoue, bien des choses me charment ici. J'aime à voir ce théâtre mobile et guerrier qui renouvelle en moi des idées favorites, qui anime et réalise ce qui ne m'était encore apparu que comme un beau rêve.
MAX. Et moi, au contraire;, je vois s'évanouir comme un rêve mon bonheur réel. De la région éihérée où j'ai vécu pendant ces derniers jours, je suis retombé sur la terre, et le chemin qui me ramène à mon ancienne vie me sépare du ciel.
THÉCLA. Les révolutions de la vie nous sem.blent plus douces, quand nous portons dans le cœur un trésor assuré. Pour moi, lorsque j'ai regardé au dehors, je m. 8
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reviens toujours avec plus de satisfaction au bien char-> manl que je possède. [Avec un ton douloureux.) Que de choses nouvelles et inouïes j'ai vues ici en peu d'instants! et pourtant tout cela doit être encore loin des prodiges que renferme ce mystérieux château.
LA COMTESSE, réfléchissant. Qu'est-ce donc? Je connais les parties les plus obscures de celte habitation.
THÉCLA, en souriant. Celle-là est protégée par les esprits; deux vieillards sont en sentinelle à la porte.
LA COMTESSE. Ah! oui. C'est la tour astronomique. Et comment ce sanctuaire qui est si sévèrement gardé s'estil dès le premier moment ouvert pour vous?
TiiÉcLA. Un petit vieillard à la chevelure blanche et à la physionomie bienveillante m'a tout de suite montré une sorte de prédilection, et m'a ouvert la porte.
MAX. C'est Seni, l'astrologue du duc.
TiiÉCLA. Il m'a fait beaucoup de questions : quand je suis née, lejour, le mois, si c'était de jour ou de nuit.
LA COMTESSE. C'cst qu'il voulait tirer votre horoscope.
THÉCLA. Puis il a regardé mes mains et a secoué la tête d'un air pensif. Il m'a semblé que les lignes ne lui plaisaient guère.
LA COMTESSE. Comment vous-êtes vous trouvée dans celte salle? Je ne l'ai jamais aperçue qu'en passant.
THÉCLA. J'ai éprouvé une étrange émotion en quittant tout à coup la lumière du ciel, et en me voyant entourée d'une nuit profonde, traversée seulement par quelques lueurs faibles et singulières. En cercle autour de moi étaient rangées six ou sept grandes figures de rois, le sceptre à la main. Sur la tête de chacune d'elles il y avait une étoile, et toute la clarté de la tour semblait venir de ces étoiles. « Ce sont les planètes, me dit mon guide ; elles gouvernent le destin des hommes ; voilà pourquoi on les représente comme des rois. Celui qui est là-bas, ce vieillard sombre et chagrin, qui porte une étoile d'un jaune sombre, c'est Saturne! Ce-