ACTE III, SCÈNE IV. «T
lui qui est en fiice avec cette clarté rougeâlre, et qui est revêtu d'une armure guerrière, c'est Mars. Tous deux sont peu propices aux hommes. A côté est une belle femme, une étoile brille d'un doux éclat sur sa tôte ; c'est "Sénus, l'astre du plaisir. A gauche vous voyez Mercure aux pieds ailés. Au milieu, une figure au front serein, avec un maintien royal, et entourée d'une lumière argentée; c'est Jupiter, le père des astres, et le soleil et la lune sont à ses côtés. »
dAx. Ohlje ne veux pas lui reprocher sa croyance aux étoiles et k la puissance des esprits. Ce n'est pas seulement par orgueil que l'homme peuple l'espace de forces "uystérieuses et d'esprits : pour un cœur qui aime, la nature ordinaire est trop étroite, et les contes que j'apprenais pendant mon enfance renferment ud sens plus profond que la réalité des leçons de la vie. Le monde des merveilles est le seul qui donne une réponse à mon cœur ravi. Il m'ouvre les espaces infinis, il étend de tous côtés mille rameaux féconds sur lesquels mon esprit enivré se berce avec extase. Le monde des merveilles est la véritable patrie de l'amour; l'amour aime à habiter parmi les fées, au milieu des talismans; il croit aux divinités parce qu'il est lui-même divin. Les dieux de la fable antique ne sont plus; leur race charmante s'est évanouie ; mais quand le cœur parle, ces noms anciens reparaissent de nouveau; ces dieux qui jadis s'associaient doucement à la vie humaine, sont maintenant placés dans la région des étoiles; de là ils communiquent avec ceux qui aiment : Jupiter nous donne encore la puissance, et Vénus la beauté.
TiiÉCLA. Si telle est la science astrologique, je veux me convertir avec joie à celte aimable croyance. Il est doux de penser que là-haut, dans ces sphères infinies, les étoiles brillantes formaient déjà la couronne de notre amour au moment où nous commencions à exister.
88 LES PICCOLOMIM.
LA COMTESSE. Ccs couronnes célestes ne sont pas toutes pleines de roses ; il s'y trouve aussi des épines. Heureux si celles-ci ne vous blessent pas. Ce que Vénus, l'astre du bonheur, a formé, peut être brisé par Mars, planète ftitale.
MAX. Son règne sinistre va bientôt finir! Béni soit le noble zèle du prince! il unira la branche d'olivier au laurier, et rendra la paix au monde heureux, car son grand cœur n'a plus rien à désirer. Il a maintenanl assez fait pour sa gloire, il peut vivre pour lui et pour les siens. Il retournera dans ses domaines; il a un beau séjour à Gilschin, et Reichenberg et le château de Friedland sont magnifiques, ses parcs et ses forêts s'étendent jusqu'au pied du Reisenberg. Là, il peut vivre en liberlé dans la splendeur et dans de grandes occupations. Il peut encourager royalement les arts et protéger tout ce qui est digne d'un puissant seigneur. Il peut construire, planter, observer les astres, et, s'il ne l)arvienl pas à dompter son incessante activité, il peut combattre avec les éléments, détourner les fleuves, renverser les rochers et ouvrir au commerce des routes faciles. Dans nos longues soirées d'hiver, nous raconterons nos aventures guerrières...
LA COMTESSE. Je VOUS consciUe pourtant, cher cousin, de ne pas dépG.5er si vite le glaive. Une épouse comme Thécla est bien digne d'être conquise par l'épée.
MAX. Oh ! que ne puis-je la conquérir ainsi !
LA COMTESSE. Qu'cst-cc douc ! N'euteudez-vous rien ? Il me semble que j'entends un tumulte et un violent débat dans la salle du festin. [Elle sort.)