SCÈNE ni
•CTAVio. Eh bien ! mon fils, la question sera bientôt
120 LES PICCOI.OMINI.
éclaircie, car^, je le sais, tout se tramait au moyen de Sesine.
MAX, qui, pendant tout ce temps, a été en proie à une violente lutte intérieure, dit d'une voix décidée. Je veux savoir ce qu'il en est par la voie la plus prompte. Adieu.
ocTAVio. Oîi vas-tu? Arrête.
MAX. Je vais trouver le prince.
OCTAVIO, effrayé. Quoi!
MAX, revenant. Si vous avez cru que j'accepterais un rôle dans votre jeu, vous vous êtes mépris sur moi. Ma route doit être droite. Je ne puis être vrai dans mes paroles et faux dans mon cœur. Je ne puis voir un homme se fier à moi comme à son ami, et abuser ma conscience en me disaut qu'il agit à ses risques et périls, et que ma bouche ne le trompe pas. Tel il me suppose et tel je dois être. Je vais trouver le duc. Aujourd'hui même je le sommerai de se purger aux yeux du monde des calomnies portées contre lui, et de rompre par une franche démarche vos trames artiflcieuses.
OCTAVIO. Quoi! tu voudrais...
MAX. Sans aucun doute, je le veux ainsi.
OCTAVIO. Oui, je me suis mépris sur toi. Je te regardais comme un fils prudent qui bénirait la main bienfaisante étendue vers lui pour le retirer de l'abîme, et je ne vois qu'un homme aveugle dont deux beaux yeux troublent la raison, que la passion égare et que la lumière du jour ne peut éclairer. Va donc, interroge-le; sois assez irréfléchi pour lui livrer le secret de ton père et de ton empereur; contrains-moi à éclater ouvertement avant le temps. Et maintenant, après que par un miracle du ciel mon secret a été gardé jusqu'à ce jour, après que les yeux clairvoyants du soupçon ont été endormis, donne-moi la douleur de voir mon proprb fils anéantir, par une démarche imprudente et folle, l'œuvre pénible de la poliliaue.