ACTE I, SCÈNE
déjà condamné à mort; s'il peut se sauver à vos dépens, il n'y mettra pas tant de façons ; et si on le soumet à la torture, aura-t-il assez de force pour la supporter?
WALLENSTEiN, absorbé dans ses réflexions. Non, je ne puis leur rendre la confiance, et, quoi que je fasse, je passerai toujours pour un traître à leurs yeux. Si ouvertement que désormais je retourne à mon devoir, cela ne me servira plus à rien.
ILLO. Cela vous perdra, car ils attribueront cette conduite à votre impuissance et non pas à votre fidélité.
"WALLENSTEIN, Vivement agité et marchant à grands pas. Quoi! faut-il donc sérieusement accomplir ce qui avait sen'i de jouet à mes pensées? Oh 1 maudit soit celui qui joue avec le diable I
ILLO. Si ce n'était là qu'un jeu pour vous, croyezmoi, il vous faut l'expier au sérieux.
WALLENSTEIN, Et je devrais exécuter les choses aujourd'hui? Aujourd'hui, tandis que le pouvoir m'appartient encore ! Faut-il en venir là ?
ILLO. Oui, s'il est possible, avant qu'ils soient revenus, à Vienne, du coup qui les a frappés, avant qu'ils puissent vous prévenir.
WALLENSTEIN, regardant les signatures. J'ai la promesse des généraux par écrit. Le nom de Max n'est pas là ; pourquoi ?
TERZKY. Il était... Il a cru...
ILLO. Pure singularité! Cela n'est pas nécessaire entre vous et lui.
WALLENSTEIN. Cela u'cst pas nécessaire? Il a raison... Les régiments ne veulent pasaller en Flandre; ils m'ont adressé une requête, et se refusent positivement à obéir. Le premier pas vers la révolte est fait.
ILLO. Crojezmoi, il vous sera plus aisé de les conduire à l'ennemi que sous les ordres de l'Espagnol.
WALLENSTEIN. Je veux pourtant savoir ce que le Suédois vient me dire.
iLLO, avec empressement. Appelez-le, Terzky; il est près d'ici.
WALLENSTEIN. Attendez encore un peu. J'ai été surpris... Tout cela est arrivé si vite... Je ne suis pas habitué à me laisser maîtriser et conduire aveuglément par le hasard.
ELLO. Écoulez-le d'abord, puis réfléchissez ensuite.
{Ils sortent.)