‹ ThéâtreChapitre 104 sur 244 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Non, je t'assure. Quoi qu il se soit passé, entre vous deux, en aucun cas je n'avais le droit de le faire du joaal, et sois sûre que si je n'ai pas toujours été à la hauteur de ma tâche — que je saurai conduire jusqu'au bout, dorénavant, — ma bouche a parlé toujours contre mon cœur et de cela, je te demande, Jeannine, très humblement pardon.

JEANNINE, simple.

C'est oublié !

(Elle passe.)

ISABELLE, avec un mouvement doux et peureux des doigts, comme pour la retenir au passage.

Je suis un peu excusable parce que vous uj'avez entouré de beaucoup de mensonges... sans quoi, je crois que j'aurai su être bonne, toujours, sans me plaindre..^ Nous sommes un peu gauches toules deux... nous étions si peu préparées à ce qui devait nous arriver !... Tu as aimé bien jeune, mon petit... et moi très tard!... et voici que bientôt mes cheveux blanchis vont se couvrir de honte. Enfin I... nous ne sommes pas responsables, hein? Ce n'est pas de notre faute... Qui nous eût dit cela? On était si heureuses à la maison ! tu te souviens?... On se sera tout de même beaucoup aimé... Ah! si tu avais parlé à temps!... Enfin! nous sommes deux pauvres malheureuses, voilà ce que nous sommes, n'est-ce pas Jeannine? Il n'y a pas à s'en vouloir. Je tâcherai d'être meilleure, je te promets... Puisque tu souffres, tu dois savoir qu'on n'est pas toujours maître de soi... et que ça fait mal! C'est le doute, tu comprends, dont vous m'avez entourée?... Si vous m'aviez dit tout simplement ce qui en était, je me serais arrangée... Désormais, tu verras!... Je m'exagère peut-être, après tout, vous n'en êtes peut-être pas encore aussi loin que je me l'imagine... Je ne sais pas, moi!... (Eiie lui

iïn L'ENCHANTEMENT

tient les mains et essaye de rencontrer ses regards.) Js ne t6 de*-

mande qu'une parole de vérité pour que tout s'éclaire... Je tassure, quoi que vous ayiez fait, quand bien même vous vous adoreriez... tu seras étonnée! Oh! je vois ta figurç qui.se contracte! Laisse-toi pleurer, va, ne t'empêche pas... Prends mes larmes el donne-moiles tiennes.

JEANNINE, se raidissant et détoarnant les yeux.

Va- t'en!

ISABELLE, rapprochant son visage du visage de Jeannine, les yeux tendus.

Une parole seulement!... C'est ton silence, tu comprends?... J'y ai vu des remords, de la haine... et quelle

haine ! (Les cils de Jeannine battent, battent. Elles sont souffle à souffle.

J'y ai vu que vous vous adoriez au point... de vouloir que... je disparaisse... C'était fou, n'est-ce pas?... Une parole, seulement!... J'y ai cru voir, comme en tes yeux, des abîmes hideux... j'ai cru voir... (Uncri.) Monstre!

JEANNLNE

Ah ! tu m'as fait mal !

ISABELLE

Odieux petit monstre qui essaie de m'enfoncer ce dernier clou dans la gorge et qui veut me faire croire que ton silence est un aveu, et que tu me l'a pris, el qu'il est à toi!... Va-t'en! va-t'en! Je ne veux plus te voir! Tu me fais horreur!

JEANNINE

Et quand cela serait, à la fin !

Tu mens! tu mens! tu es abominable!...

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