ACTE TROîSiZàlE
JEANNÎNE
C'est trop fort! Ah! je suis un monstre! C'est trop, cette fois, c'est trop!... Ah! je suis un monstre, moi à qui tu fais subir la plu- épouvantable des existences!... que tu forces, du matin au soir, à subir, la rago dans 1 ÙMie, toute la joie, tous tes baisers, avec des airs de tr.omphe, lorsque j en meurs et qu'il me laul fuir tes lèvres, qui me cherchent, après!... Ah! tu ne m'en auras pas épargné un de te? baisers, à moi, la pelite pauvre!... Ah! je suis un monstre! Eh bien, alors, dis pourquoi tu me forces à vivre, pourquoi tu m'as arrachée à la mort? Qj.i te le demandait? Qu'est-ce que je t'avais fait pour cela!...
ISABELLE
Tais-toi! Tu es horrible! Tu ne dois pas savoir ce que lu dis, pour me briser ainsi!...
JEANNINE
Quel soulagement m'as-lu apporté? réponds? Cite moi une joie, une!... Tu m'as rivée à ton bonheur! C'est pour le voir que tu me forces à vivre! La torture de ton questionnaire perpétuel, la torture à petit feu, sans répit!... Ah! tu ne laisserais pas même un jour ma souffrance tranquille! Et quand je veux la solitude au moins, quand je veux vous fuir, lous les deux, une heure... je ne peux pas! parce qu'il paraît que cela te bouleverse, ça te remue le sang que je ne sois pas là!
ISABELLE
Oui, lâche! lâche! car ce que tu sais trop, c'est que je jneurs derrière les portes que lu fermes, lâche!
Mais alors, puisque tu devais me reprocher tout, jusqu'à l'air de cette maison, que comptais-tu . donc m'ullVir, à la fin, quand tu m'as dit : Reste, je le veux?
ISABELLE
La vie I T'aider à passer le pas. Te porter de Taulre côté de la douleur» Te voir graudir et comprendre.
JEANNINE
J'ai grandi et je comprends.
ISABELLE
. Ce que tu n'as pas, toi, c'esl le droit de me torturer lâchement de doutes affreux, du doute de ce qui n'est pas, (Ramassant tout son effort.) de cc quî ù 'a jamais étéî...
JEANNINE
Mais qu'en sais-tu, à la fin?
ISABELLE, dans un cri.
Non, non, cela n'est pas, cela n'est pasi... Tu n'en avais pas le droit I...
JEANNINE
Je n'ai que celui de souffrir, parfaitement I Eh bien, si tu m'imposes un pareil martyre, ce doit être pour quelque chose, tout de mêmel Et je voudrais bien savoir ce qui m'attend, au bout du supplice, quel bonheur?... Mais, à la fin des fins, pourquoi, pourquoi suis-je ici? Possible que tu prennes plaisir à me faire sa-, vourer vos baisers... moi, je n'en ai que de l'horreur !..«
Tu ne sais pas ce que lu dis! c'est monstrueux!... Oh! comme tu me hais!... Rappelle-loi Jeannine, pourtant!... Il ne me manque que de t'avoir portée dans mes flancs!... C'est mon amour qui saigne !...
JEANNINE
Je te hais*' Mesure à ma haine l'atrocité de ce que tu appelles ton amour et de ce que tu commets en son