ACTE QUATRIÈME
j'ai été joué!... Ehl ma petite, A^oilà qui est fini, cette fois... Vous allez partir.
JEANNINE
Oui, un peu, de patience... Je vais partir, en effet, et c'est pour cela que je suis ici, Georges, pour que vous me donniez Tadieu que j'attends depuis si longtemps... avant que je disparaisse à jamais...
GEOUGES, éclatant.
Oh! fini, cette fois!... Il y a des bornes aux meilleures plaisanteries !... C'était trop commode, en vérité! « Vous ne voulez pas faire un petit tour de promenade ? Non? Ça vous déplaît?... Crac, je me tue !» Ah ! vous l'aviez trouvée, vous,^ la formule!... Mais cette fois...
(Il lui secoue vigoureusement les bras.) JEANNINE
C'est cela... tenez-moi les poignets... élouffez-moi... J'entends gronder votre voix sur ma tête... c'est délicieux...
GEORGES
Si vous m'aimez voilà la minute de me le prouver et de vous faire pardonner votre sinistre comédie. Je m'adresse à la grande Jeannine... Vous ne pouvez pas rester un jour de plus ici; l'épreuve est faite... Il faut que vous partiez... (vivement.) Quand je dis partir, je veux dire, bien entendu, vous absenter quelques semaines... quelques semaines au plus... un voyage de rien du tout avec madame Heiman... une excursion dans
les Alpes, (U fait ua grand geste vague; — se reprenant.; danS IcS
petites Alpes... les Alpillesî... Ne le faites pas pour Isabelle, Jeannine, si vous ne lui consentez pas ce sacrifice, faites-le pour l'amour de moi!...
JEANNINE, lui parlant tout près dans l'obscurité profonde.
Mais oui... mais oui... Inclinez un peu votre tête
154 L'LNCBANTEMENT
sur moi, et tout sera dit. (MouvemeDt de Georges.) Ne me troublez pas... C'est ma grande dernière minute... J'exécuterai tout ce que je me suis promis, point par point. Voyons... par ordre... que je ne m'embrouille pas... (Elle
met ses mains sur sa figure et parle avec une voix nouvelle, timide et
basse.) Écoutez, Geofges... d'abord... oh! j'ai la gorge sèche... laissez-moi... laissez-moi vous dire tu! Cela, d'abord, je me le suis promis... Oh! je ne vais jamais
pouvoir oser!.,. (La voix n'est plus qu'un souffle imperceptible.) Toi,
toi... mon Georges.;, je t'aime... Oh! je suis toute rougissante... si vous me voyiez dans l'obscurité!... C'est exquis... C'est ainsi que je vous parle quand je suis seule dans ma chambre... Quel bonheur! je vous dis tu, comme si c'était vrai...
GEORGES
Vous m'aimez, dites -vous? Mais quelle sorte d'amour est le vôtre?... Je ne peux pas y croire. Non, non, je n'y crois pas, c'est inutile!... Commencez par me le prouver... Vivez pour moi, si vous m'aimez... Ah! si vous me montriez un peu de dévouement, si... ah!.,.
JEANNTNE
J'avais préparé des phrases, vous m'avez embrouillée!... Oh! seule, je vous dis des choses, des choses!... je les marque pour vous les répéter... vous seriez content... mais je les oublie après... Je n'ai pas beaucoup de bonheur, vous comprenez...
(Elle est tout proche, tout proche do lui, et parle, les yeux clos.) GEORGES, nerveux.
Ne me faites pas repentir d'être resté, Jeannine... Remontez dans votre chambre.
JEANNINE, laissant glisser son front le long du bras de Georges.
Je perds la tête... je ne sais plus, moi... je vous aime, Georges!